L'aventure du Trianon
(citée dans "Le Bossu 'Amsterdam")
Le 10 août 1901, un samedi, deux demoiselles
"britanniques errent en touristes dans les jardins
du Petit Trianon. Miss Eleanor Jourdain frise la quarantaine
et travaille dans l'enseignement; le poste qu'elle vient
d'accepter la place directement sous les ordres de Miss
Anny Morberly, Principal de Saint Hughs Hall, avec qui elle
vit depuis quelque temps. Quinquagénaire aux traits sans
grâce, Miss Morberly est fille de l'évêque de Salisbury,
Miss Jourdain celle d'un clergyman.
Les deux demoiselles marchent lentement, il fait chaud,
elles se sentent lasses après la visite du château. Elles
sombrent, toujours marchant, dans un état semi-dépressif,
ont l'impression de ssêtre trompées de chemin, tandis qu'autour
d'elles le décor se fait "insolite et déplaisant".
Elles vont rencontrer successivement deux hommes porteurs
d'uniformes verdâtres et coiffés de petits tricornes, un
homme au visage "sinistre", sombrero en tête et
cape sur les épaules, un autre "grand et beau avec
des cheveux frisés et bouclés", une femme et une fillette
et puis, dans une maison carrée, elles vont voir une dame
point jeune dont le vêtement les frappe - "un chapeau
de soleil... sa légère robe était drapée sur ses épaules
à la manière d'un fichu" -, d'autres personnages se
montrent encore. Divers "bâtiments attirent aussi leur
attention, dont un chalet et un genre de kiosque, petite
construction à pilastres, un rocher, des sentiers, un petit
pont, une "brouette, etc. Enfin, un jeune homme les
remet sur la voie et elles reviennent vers le Petit Trianon.
Huit jours plus tard, Miss Morberly demande à Miss Jourdain
:" Pensez-vous que le Trianon soit hanté ? Oui, je
le pense " répond-elle.
Ce récit est naturellement comprimé à l'extrême; il est
intégralement présenté dans un livre intitulé "Les
Fantômes du Trianon", édition du Rocher, 1959, avec
une préface de Jean Cocteau.
Il est à noter que l'enquête à laquelle se livrèrent plus
tard Miss Jourdain et Miss Morberly les amena à conclure
qu'elles avaient vu les éléments d'un décor depuis disparu
en raison de diverses transformations, ignoré maintenant
de tous et d'elles surtout qui savaient peu de choses de
la Révolution française et de son histoire.