(Cinquième rencontre)
Istanbul ! La ville aux cinq cents mosquées,
aux quatre cent inquante églises, aux cinquante synagogues.
Vieille Byzance chargée de souvenirs, ancienne Constantinople
à la mystérieuse histoire, point de rencontre entre
l'orient et l'occident ! Je suis arrivé à Istanbul
le 23 décembre 1966 vers 19 heures et à peine dans
le taxi qui me conduisait à mon hôtel, je fus aux
prises avec le tempérament de ce peuple pour qui tout
est une raison de commerce - même l'argent. Le
chauffeur me proposa immédiatement un change plus avantageux,
disait-il, que le change officiel et c'était vrai, mais
je m'aperçus
plus tard que l'on pouvait obtenir d'autres sources un change plus
avantageux encore, supérieur de près de trente pour
cent au taux légal ! En pleine période de Ramadan,
toutes les mosquées d'Istanbul sont illuminées
et certaines citations du Coran brillent, la nuit, de tous leurs
feux sur certains
édifices illuminés. La tolérance la plus absolue
règne dans ce pays qu'Ataturk, à qui les turcs portent
un véritable culte, a régénéré.
Aucun ecclésiastique n'est autorisé à porter
la tenue de son office en dehors des lieux de culte et cette
loi s'applique
aussi bien aux musulmans qu'aux juifs ou aux chrétiens. Ataturk
ordonna, en effet la liberté du culte, mais avec cette restriction:
"A la mosquée, à l'église, au temple ou
à la synagogue, vous avez toute liberté d'user des
ornements ou vêtements religieux de votre choix, aussi bien
que de rendre
à Dieu le culte qui est le vôtre. Au dehors, vous devenez
des hommes".
J'ai eu le privilège à Istanbul, d'avoir un chauffeur
exceptionnel et je me souviendrai toujours de Mehmet. C'était
un homme de soixante-huit ans, loin de les paraître, et d'une
carrure impressionnante. Ses yeux, derrière de grosses lunettes,
pétillaient de malice et d'intelligence. Il parlait le français
à la perfection, l'anglais tout autant et il était
présentement occupé à apprendre l'espagnol. Dès
le lendemain de mon arrivée, alors qu'il venait de se mettre
à ma disposition, il fit une longue aspiration et commença
avec solennité: "Istanbul s'appelait naguère Byzance...
" et j'eus droit au cours d'histoire le plus complet qu'il m'était
possible d'espérer. Je dois à Mehmet des explications
uniques sur la vie, les moeurs et la psychologie du peuple turc.
Cet homme, d'une haute moralité, savait aussi
bien louer les vertusde son peuple que regretter ses imperfections,
mais avec philosophie, il concluait : "Aujourd'hui, c'est mieux
qu'hier et demain sera mieux. qu'aujourd'hui". C'est avec lui
que j'assistai dans la Mosquée Bleue, au culte musulman
dont la simplicité et la ferveur frappent en ce pays, l'étranger..
J'étais à quelques pas du mufti et ni lui ni aucun des
fidèles, les hommes beaucoup plus nombreux que les femmes placées
à l'arrière en un endroit à elles réservé,
ne prêtèrent attention à ma présence. Tous
jeunes et moins jeunes, participaient à la cérémonie.