(Cinquième rencontre)
Tous, en ce moment, dans la position que j'ai décrite, ont
les yeux clos. Je e demande si je dois en faire autant mais la curiosité
est la plus forte. Mon regard ne pourrait d'ailleurs quitter cette
auguste assemblée. Je ressens d'une manière intense
la solennité de ces instants et le privilège incompréhensible
qui m'est échu. J'ai, devant moi, à quelques pas,
les
êtres sur qui repose EN CE MOMENT MEME ET A CHAQUE INSTANT
la responsabilité d'un monde et de son évolution. Et
tous sont des êtres SIMPLES - peut-être parce
qu'ils sont TOUT. Leur concentration se prolonge et tout à coup
un son s'élève, indistinctement d'abord, puis progressivement
plus fort pour mourir lentement. C'est MAHA qui l'entonne
et il le répète trois fois. Je serais absolument
incapable de décrire ce son. Il ne ressemble à aucun
de ceux que je peux connaître. C'est un étrange mélange
de voyelles. Aucune consonne, c'est tout ce que je suis à même
de remarquer. A peine MAHA achève-t-il sa dernière
intonation que les onze autres reprennent la fin du son et font
de même
trois fois également. Mais déjà je suis moi-même
dans un état physique et mental indescriptible. Il me semble
que mon corps a pris des proportions immenses, que la salle devient
gigantesque et je suis là, spectateur de moi-même et
de cet extraordinaire spectacle autour de moi, LE MONDE SEMBLE ETRE
REUNIT TOUT_ENTIER DANS CETTE SALLE. C'est une impression incroyable,
inimaginable. Tel un livre ouvert, le monde paraît être
là, devant cette auguste assemblée et je vois tout
cela, j'y participe et je m'y sens étranger. C'est tout
ce que je puis dire d'un état qu'aucun mot humain ne pourrait
décrire,
mais en ces instants j'ai COMPRIS sans pouvoir l'exprimer COMMENT
le Haut Conseil, l'A......... accomplissait son oeuvre. Ce qui
se
passe autour de la table est encore plus extraordinaire. Aucun des
membres du Conseil ne prononce une parole et cependant tous COMMUNIQUENT
ENTRE EUX COMME S'ILS S'ENTRETENAIENT NORMALEMENT.
Je ne puis participer à cet ECHANGE. Je le "vois"
sans, le comprendre. Pouruser d'une image, l'impression est la même
que si, dans une salle, vous aperceviez des gens dans une conversation
ininterrompue sans entendre ce qu'ils disent. La salle est comme "chargée"
de bleu. Il n'est plus question de temps, d'espace ou de "séparation".
Tout vibre, tout "communique" et je suis moi-même
"intégré" dans ce tout. La "rupture"
de cet état n'est pas brutale. Elle est progressive, lente,
je dirais presque : douce. On se retrouve soudain "comme avant"
à tous égards, homme en un mot avec la surprise
d'un corps et des limitations qu'il implique physiquement et sur
le
plan de l'émotion. Les membres du Haut Conseil sont aussi
redevenus
"eux-mêmes", et tous sont tournés vers moi.
Je sens leur affection, une affection qu'ils portent sans doute à
tous les hommes à travers celui qui est devant eux. Je me
lève
et, soulevé de gratitude, je m'incline profondément
devant ces êtres qui sont maintenant pour moi SUBLIMES. Puis
je me précipite vers le siège de MAHA, je saisis
sa main et je la baise avec dévotion. Comme la première
fois que nous nous sommes vus, il place son autre main sur ma
tête
et je sens l'extraordinaire influx de cette bénédiction
envahir tout mon être. Puis MAHA se lève et aussitôt,
tous font de même:
- " Vous devez maintenant aller, car les conclusions que
nous avons à tirer de notre analyse" ne peuvent
être entendues de vous ni de quiconque en dehors de l'A.......D'ailleurs
vous ne pourriez comprendre le langage qui sera employé en
cette circonstance. Il remonte loin dans le passé mais il est
pour nous la LANGUE SACREE et il le demeurera jusqu'à la fin
des temps. Mais seul le Haut Conseil peut l'entendre ne serait-ce
que dans son intonation. N'oubliez jamais la manière dont vous
devez ACCEPTER. Que ces règles soient pour vous le guide profond
de votre action autant que de votre comportement. Vous pourrez révéler
UNE PARTIE de ce qu'il vous a été donné de voir
et d'entendre, mais attendez le SIGNAL. Il viendra beaucoup plus tôt
que vous ne le pensez, mais réservez cela au petit nombre,
car le petit nombre aura déjà de la peine à le
comprendre. Mais peu importe le résultat. La vérité
saura frapper au coeur de celui qui l'attend. Agissez pour le bien
et ne vous préoccupez pas des conséquences. Elles nous
concernent et quiconque est prêt recueillera notre message d'espérance
et de foi".
J'ai quitté cette auguste assemblée, triste de voir
venue "peut-être" la fin d'une aventure unique, mais
en même temps dans un profond état de paix et de sérénité.
Accompagné d'un membre du Haut Conseil, j' ai foulé
en direction inverse le. sentier pris pour venir jusqu'ici, pris place
dans la voiture et me re tournant alors qu'elle démarrait,
j'ai salué d'un geste rapide dans lequel je mettais tout moi-même,
celui qui, la main levée, portait, le pouce replié,
trois doigts à son front.
Le chauffeur n'a pas dit un seul mot sur le chemin du retour et je
n'étais pas enclin à parler. Je suis rentré à
Paris le 3 janvier 1967. Le "signal" m'a été
donné tôt dans la nuit du 19 au 20 de ce même mois.
J'ai commencé aussitôt le récit de ces rencontres
avec l'insolite. Je l'achève aujourd'hui, dans la nuit du 23
au 24 janvier.
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