Je remarque, au cours des exposés, que PARFOIS l'orateur parle
SANS QUE JE PERCOIVE SES PAROLES. Cela s'est déjà produit
à l'occasion de mes visites aux "maisons secrètes
de la Rose-Croix" et je n'en suis pas le moins du monde offusqué.
Il serait inconcevable que quelqu'un VENU DU MONDE ET RETOURNANT AU
MONDE, même si sa mission est exceptionnelle, ait accès
à des éléments VITAUX d'une hiérarchie
suprême. On en comprend facilement les raisons et il ne s'agit
pas seulement d'une possible indiscrétion involontaire. LA
PUISSANCE TOTALE N' EST PAS UN DON. ELLE DOIT ETRE MERITEE, ACQUISE.Ce
que j' ai entendu, appris, est cependant PRODIGIEUX, mais je ne puis
faire état de tout dans un manuscript entièrement résérvé
à la relation de ces visites.
Je suis autorisé à le faire d' UNE AUTRE MANIERE et
je sèmerai donc, au hasard d'écrits ultérieurs,
des faits considérables connus en ces circonstances, SANS EN
MENTIONNER L'ORIGINE, laissant le caractère d'HYPOTHESE à
ce qui est REALITE afin que le libre arbitre de chacun soit préservé
par la possibilité du REFUS ou de l' ACCEPTATION.
Tous se sont levés, un à un, chacun approuvant les paroles
du Père de "sa maison" ou leur ajoutant, au plus,
quelques mots. ll est clair que la Grande Veillée a été
préparée dans chaque maison secrète et que le
Père représente ici ses onze compagnons tout autant
que lui-même. Leur allocution n'est pas un assemblage verbeux
de platitudes. Chacun des mots porte, résonne en mon âme.
Il y a, dans leur voix, un rythme de puissance qui vivifie les phrases,
qui leur confère UNE AME. Il est IMPOSSIBLE de représenter
par une image cette VERITE qui se déroule devant moi en ce
moment. Je pense aux messages laissés par les prophètes
de jadis, par les sages de l'ère passée, par Celui qui
vint au début du temps qui s'achève. Les paroles des
Pères ont le MEME POUVOIR. Leur exposé est-il UNE INTONATION
plutôt qu'un discours au sens profond du terme ? Je n'en sais
rien mais pourquoi pas ? Certains sons peuvent mettre en action les
cellules mentales et l'énergie ainsi éveillée
mouler de mots, de phrases, bref de COMPREHENSION A SA MESURE, celui
qui les entend. En tout cas, pour moi, ce sont DES PAROLES, c'est
UN MESSAGE et ce message est grand. Il aurait fallu de longues heures
pour que s'exprime l'ensemble des Réalisés qui sont
rassemblés en ces lieux. Moins de temps aura été
nécessaire puisque un UN PORTAIT LA PAROLE DE DOUZE. J'ai vu
ainsi les Pères d'autres maisons secrètes qui resteront
inconnues pour moi. Cependant, je n'ai aucun regret et encore moins
d'amertume. IL SUFFIRAIT DE RENCONTRER UN SEUL DE CES ETRES ET DE
L'ENTENDRE POUR LES AVOIR TOUS RENCONTRES ET ENTENDUS.
Même celui-ci qui, en ce moment, s'adresse à l'assemblée
et qui le fait au nom des Rose-Croix "du dehors" s'apparente
aux autres et je comprends que tous puissent se reconnaître
à un seul regard. Comme sont précieuses les révélations
de celui qui représente "ceux qui sont venus parmi nous"
ou qui y sont restés. Quel monde SECRET est le nôtre
et, au fond, comme nous sommes "téléguidés"
lorsqu'il est question des grandes étapes de notre évolution
! Ah ! RIEN, DECIDEMENT, NE LEUR EST INCONNU, pour qu'ils sachent,
par exemple, jusqu'au moindre détail des préoccupations
d'une aussi vaste organisation que l'ordre rosicrucien AMORC ! Je
retire à nouveau de ces instants la CONVICTION que chaque mystique
sincère et vrai EST SUIVI PAS A PAS, par delà les structures.temporelles,
par les Rose-Croix, les Maîtres parvenus au BUT..
La Grande Veillée va prendre fin. Depuis quelques instants,
c'est le silence, prélude à une dernière communion.
J'aurais souhaité que ces heures se prolongent encore et encore
mais L'OEUVRE COMMANDE, et mon âme, pour les bienfaits reçus,
chante d'allégresse...
Je m'attends à la clôture quand un assesseur du Père
se lève. Je suis à nouveau attentif, ne voulant rien
perdre de ces ultimes minutes. Mais... IL VIENT A MOI... Mon être
est saisi d'une indescriptible émotion. Je n'avais pas prévu
qu'un intérêt particulier me serait accordé.
Il me prend par le bras gauche et je suis amené devant le triangle
où, un peu plus tôt dans la soirée, l'aura collective
semblait se condenser aussi. Les trois 'chandeliers sont retirés
et je suis invité à m'agenouiller, les yeux clos. Je
suis soulevé, au-de-dans, d'un extraordinaire frémissement
sans que mon corps bouge d' un pouce. J'ai l'impression d'être
"hors de moi-même" et de VOIR, juste devant moi, légèrement
au-delà du triangle symbolique DEUX êtres de lumière
et JE CROIS les reconnaître. Ils ont les mains tendues vers
moi et J'ENTENDS, comme s'ils venaient de plus loin encore, LES TROIS
MOTS, tant médités dans ma cellule et, couronnant les
autres, LE MOT que j'ai reçu au. sein de l'ordre rosicrucien
AMORC, à un stade défini de mes études. JE M'ENTENDS
REPETER A HAUTE VOIX CHACUN DE CES MOTS. Puis c'est LE VIDE ABSOLU
dont je ne pourrais dire combien il a duré... En ouvrant les
yeux,.je suis bouleversé de surprise: TOUTE L'ASSEMBLEE EST
DEBOUT et sûr mes épaules, je sens des mains dont je
constaterai vite qu'elles sont celles du Père. QUE VIENT-IL
DE SE PASSER ? Ai-je rêvé, ai-je été le
jouet d'une compréhensible illusion suscitée par l'ambiance
déjà exceptionnelle dans laquelle je baigne depuis quelques
jours et particulièrement ce soir ? Comment le saurais-je ?
Si "quelque chose" m'a été TRANSMIS pour moi
et POUR D'AUTRES, c'est au niveau le plus élevé de mon
être que la TRANSMUTATION a eu lieu et je n'ignore pas que,
s'il en retire profit, l'être extérieur dans ses différents
composants, NE PEUT COMPRENDRE NI ANALYSER ce qui le transcende à
ce point. Pourtant, je me sens dans un état de rare quiétude,
sans aucune fatigue et, sans en chercher la raison, j'éprouve
une joie sans pareille au moment où le Père me murmure
: "SOUVIENS-TOI !". Ces mots contiennent une PROMESSE et,
pénétré une fois de plus de l'idée qu'un
GRAND EVENEMENT vient de se produire, je réponds dans un souffle
: "Merci, merci !" en y mettant tout moi-même et sans
retenir mes larmes que ma pensée leur offre A TOUS.
Je ne sais où se sont dispersés ceux qui venaient D'AILLEURS
ou du dehors. Moi, j'ai pris ma place - la dernière - dans
la procession conduite par le Père Rosencreutz. En chemin inverse,
nous regagnons la galerie des cellules et à peine dans la mienne,
dans ma houppelande "blanche, je me jette sur le sol, face contre
terre, je m'effondre d'humilité devant le Créateur Suprême.
Ensuite, j'accepte avec reconnaissance le temps du repos, mais avant
de m'endormir, maintes et maintes fois, je redis en silence, revivant
les jours passés ici et ailleurs, dont celui-ci est le dernier,
et les heures sublimes que la nuit vient d'effacer pour nous, pour
moi, "BENIS SOIENT-ILS, BENIS- SOIENT-ILS !" et je revois
leur lumière, leur Réalité, leurs visages - LE
VISAGE DU ROSE-CROIX...
| |
|
Peinture de Francine Hart
|