J’avais été invitée à assister,
pour la première fois en Grèce, à une convention
culturelle à Athènes en qualité de Grand Conseiller
de l’AMORC pour Chypre. La raison de cette invitation était
que je présente un diaporama de mes peintures en soulignant
la philosophie mystique qui se cachait derrière chaque œuvre.
Avec moi, il y avait deux autres invités honorifiques, un couple
français qui n’était autre que Raymond Bernard
et sa femme Yvonne, qui ne parlait que le français. Etant la
seule autre invitée présente à parler français,
on me demanda si je voulais bien les accompagner en Grèce pour
quelques jours.
Maintenant, comment puis-je commencer cette étrange
histoire... je n’avais jamais rencontré Raymond
Bernard en « chair et en os » avant cette
rencontre. Je l’avais connu dans mes rêves éveillés
où il m’enseignait certains aspects du processus
de « purification ». Mais bien plus que
cela, même avant d’avoir été impliquée
dans le mysticisme, j’ai souvent entendu une voix juste
avant de me réveiller, tôt le matin. Cette voix,
puissante et cependant pleine de compassion, avait l’habitude
de murmurer et parfois de crier des commentaires courts dans
mon oreille droite et je me souviens très précisément
d’une phrase que j’ai souvent entendue : « Tu
es dans la Cathédrale de l’Ame... ».
Cette voix claire et les mots employés me laissaient
perplexes, car je ne savais pas à qui était cette
voix ni souvent ce que ces mots signifiaient... Aussi pouvez-vous
imaginer le choc et la surprise quand soudain j’entendis,
pour la première fois la voix de Raymond... Est-ce que
je rêvais ? Je ne pouvais croire une telle chose
possible... Raymond Bernard Grand Maître de l’AMORC
pour les pays de langue française était le guide
qui souvent m’accompagnait et m’enseignait dans
mes rêves lucides... Maintenant, pour la première
fois, j’avais le privilège et l’opportunité d’être
avec lui en présence physique et de lui parler, face à face.
Bien sûr, je me sentis intimidée par une telle
occasion, mais rapidement j’en vins à réaliser
que son amour fraternel et sa compassion envahissaient tous
ceux qui l’approchaient. Ainsi, il m’était
soudain accordé l’opportunité d’être
avec lui et sa femme sur le plan physique... Je n’arrivais
pas croire à ma chance et j’acceptais immédiatement
cette proposition incroyable. L’ayant acceptée,
je ne pouvais deviner ce qui allait arriver ensuite. La dernière
fois que j’avais visité la Grèce, j’avais
12 ans. Aussi étais-je un touriste, comme eux, mais
heureusement, deux de nos hôtes grecs nous accompagnèrent
pour la visite d’Athènes et de ses environs.
Voilà que je devais voyager en Grèce
avec la même personne qui m’avait accompagné tout
au long du sentier initiatique de ma vie intérieure.
Il était présent là, auprès de
moi quand, en 1970, une incroyable initiation eut lieu...
qui éveilla quelque chose d’important en moi.
Qu’il suffise de dire que pendant cette expérience,
je fus éveillée spirituellement depuis les
plans intérieurs et qu’on me demandait de répéter à haute
voix : «Je suis un Etre de Lumière ».
Je fus baptisée en Esprit et transformée...
Pendant cet épisode, Raymond Bernard était
avec moi, me conduisant à l’endroit précis
où la transformation devait avoir lieu... Et maintenant,
il était ici physiquement, en face de moi à Athènes...
Je n’attendais rien de particulier de lui, et le fait
que je sois là à Athènes avec lui et
Yvonne était suffisant pour créer une « rupture » incroyable
dans ma conscience et ce contact fit une brèche, une
cassure dans ma façon de percevoir le monde, autour
de moi et en moi-même... Une sensation étrange
et excitante commençait à m’envahir – serais-je
capable de vraiment comprendre ce qui m’arrivait ?
Etais-je vraiment assez digne et forte pour regarder en face
cette personne et lui parler ouvertement ? Pourrais-je être
suffisamment réceptive et intuitive pour comprendre
ce qui était attendu de moi ? Telles étaient
les questions qui se bousculaient dans ma tête, mélangées à des
sentiments d’excitation, de joie et d’émerveillement.
Ce qui s’était produit le mercredi 21 janvier 1970, se
reproduisit le dimanche 29 avril 1984 avec entre les deux, un écart
de 14 ans (7x2 soit deux cycles de 7 ans). Si en 1970 le processus
d’éveil avait stimulé un certain niveau de conscience
sur les plans intérieurs, j’avais eu besoin encore d’une
longue période pour assimiler ce qui s’était passé sur
ces plans-là. Aussi, la seconde période qui débuta
le dimanche 29 avril 1984 était sur le point de se dérouler
devant moi à Athènes ; ce fut l’actualisation
de ce qui s’était passé sur les plans intérieurs
quatorze ans plus tôt, mais je ne pouvais ni deviner, ni imaginer
tout cela à ce moment-là. Ce n’est qu’aujourd’hui
et rétrospectivement que je comprends sa signification et son
importance.
Après avoir, tous les cinq (Raymond, son épouse, les
deux amis Grecs et moi-même), visités un certain nombre
de sites touristiques et de temples importants dans un parcours de
la Grèce étalé sur une période de quelques
jours, le dernier jour, dans l’après midi du dimanche
29 Avril, en retournant à l’hôtel vers six heures
du soir pour se reposer et juste avant de prendre congé du petit
groupe, j’entendis Raymond se retourner pour dire aux jeunes
amis grecs, que je vais appeler Harris et André, « A
tout à l’heure, à la Plaka ».
Yvonne était fatiguée par le voyage et les visites, aussi
s’excusa-t-elle, nous dit à tous « A demain ! » et
se retira dans sa chambre. Quant à moi, ayant entendu ce que
Raymond venait juste de dire à Harris et André, une sorte
d’angoisse et de tourment pénétra mon coeur. Devrais-je
lui demander si je pouvais les accompagner à la Plaka ?
Ou bien serait-ce déplacé pour moi – une femme – de
m‘inviter à me joindre à trois hommes pour une « sortie
entre hommes » ! Peut-être allais-je déranger
leurs plans... et être rejetée... devais-je prendre ce
risque ? Oui et oui, je devais le faire et je sautillais avec
enthousiasme, comme un petit enfant, et dis à Raymond : « Pensez-vous
que je puisse me joindre à vous ce soir ? » Je
n’oublierai jamais l’expression du visage de Raymond, il
se retourna et d’une manière douce et amusée répondit : « mais,
bien sûr Alice, on se retrouve dans le hall de l’hôtel à 20
heures ». Ce fut tout... je m’étais invitée
moi-même à les suivre à la Plaka.