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Eleusis
 
Athenes, Avril 1984  1 2 3 4 5 (suivante

Bon ! ce qui se déroulait était pour le moins étrange et plus nous avancions et traversions les ruelles étroites de la Plaka, plus j’étais immergée et envahie par la puissance vibratoire des mots dont Raymond m’inondait… Mon impression était – et jamais je ne l’oublierai – qu’il ouvrait d’une façon mystérieuse un « no man’s land », ou plus précisément, cela me fit l’effet de passer ensemble de l’autre côté de la Mer Rouge, tout comme Moïse l’avait fait… séparant la mer en deux, ouvrant un passage nous permettant de traverser et d’atteindre l’autre rive. Le passé… la Grèce ancienne et les Mystères d’Eleusis… Pourquoi cette impression ? A mon avis, parce que je savais et ressentais que Raymond et moi-même passions ensemble dans une autre dimension – dans une expérience extraordinaire où le temps s’était figé et où l’espace avait disparu… Nous étions « hors du temps » et « hors du corps » vivant dans un état de conscience totalement éveillé… observant simplement… sans être affecté par ce qui se passait autour de nous. Toutefois, Harris et Andréas commençaient à devenir de plus en plus fébriles et Harris me chuchota à l’oreille en Grec : « Raymond devient-il fou ou quoi…comprends-tu quelque chose à ses incantations ? »… Je ne répondis pas, désolée que nos amis Grecs aient été exclus de ce mystérieux événement. Ils étaient tous deux très occupés à nous dénicher un restaurant, entrant dans chacun et après un coup d’œil circulaire … demandant à Raymond de les suivre à l’intérieur … Mais Raymond faisait la sourde oreille et nos amis commençaient à devenir de plus en plus nerveux. A un moment, l’un de mes amis Grecs - je ne saurais dire lequel - me dit dans sa langue : « Dis à Raymond qu’il se fait tard et que les restaurants sont bondés, il devrait cesser de grimper plus loin car il n’y a plus de restaurants là-haut… tout juste le sentier et les rochers de l’Acropole. Regarde en haut, on ne voit aucune lumière, il n’y a plus de route… juste un étroit passage suivant la courbe des rochers de l’Acropole et seuls y vivent les gens très pauvres… nous ne nous y aventurons jamais, car on dit l’endroit dangereux et plein de voleurs, et la Plaka ainsi que les restaurants s’arrêtent ici même, regarde…retournons et dis-lui d’arrêter son escalade… » L’autre ami Grec tenta aussi - mais sans plus de succès - de l’arrêter. « Espérons que nous puissions trouver une table dans l’un de ces restaurants »… dit-il désespéré … Mais Raymond était dans un autre monde comme si un fil invisible guidait chacun de ses pas… il allait quelque part… je le savais intuitivement… aussi le suivais-je en silence, sourde aux complaintes de nos hôtes Grecs… Moi-même, j’avais commencé à VIVRE DANS DEUX MONDES. J’entendais encore les bruits et les sons de ce monde mais en même temps, je le traversais … et passais de l’autre côté… était-ce une sorte de limbes … ? Un mystérieux espace était en train d’apparaître me ramenant loin dans le passé …

Alice
Au-dessous du Parthénon

Un passé qui soudainement devenait le présent et reprenait vie dans ma conscience… plus Raymond entonnait ces incroyables et incompréhensibles mots, plus profondément je pénétrais dans un niveau différent de réalité … L’âme et l’égrégore des Anciens Mystères de la Grèce s’éveillaient en mon cœur et au fur et à mesure de notre ascension, les lumières se firent de plus en plus ténues. Nous étions en train de pénétrer un côté obscur d’Athènes… Il n’y avait plus d’électricité, juste des lampes à huile ou à pétrole suspendues près des fenêtres et des portes taillées à même la roche des collines de l’Acropole … Ci et là, nous pouvions apercevoir quelques pots de fleurs avec des géraniums… C’étaient les seuls signes visibles indiquant la présence de gens vivant ici dans les rochers où ils avaient bâti leurs demeures… vraiment touchant et surréaliste à la fois… ! Seuls régnaient le silence …et le bruit de nos propres pas sur les cailloux et le sol inégal que nous foulions… ! La mélopée de Raymond avait brusquement cessé… et nos deux amis tentaient bien toujours de nous faire rebrousser chemin vers le bas, en direction de la Plaka dont les bruits, les sons et les scintillements avaient depuis longtemps disparu du paysage… Dans un ultime essai, Harris dit à Raymond : « Il est dangereux de rester ici, comme vous pouvez le constater … il n’y a plus de restaurant … plus de route … plus de lumières … et par dessus tout nous risquons d’être agressés car l‘endroit n’est pas sûr, retournons si vous voulez bien ! »… mais Raymond n’écoutait pas et continua à suivre l’étroit sentier autour de la colline grimpant de plus en plus haut comme s’il savait où il allait… Sa psalmodie s’était soudainement arrêtée… Sa recherche semblait arriver à son terme et il parvenait à destination.



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Coupe