Soudain
- et surgie de nulle part - apparut sur notre droite, une petite
cabane en terre peinte en blanc … une maison en terre vraiment
très étrange … Raymond y entra le premier et
aussitôt le propriétaire de cette humble et pauvre taverne – la
mine préoccupée – vint dire à Harris « Dites à votre
ami étranger que ce n’est pas un endroit pour lui et
que les bons restaurants sont là-bas … à la
Plaka … ici seuls les pauvres, vivant dans les rochers autour
de l’Acropole, fréquentent cet endroit ».
Raymond pria Harris de lui répondre qu’au contraire
c’était exactement l’endroit idéal où il
voulait être. Maintenant, il me faut décrire l’intérieur
de cette humble demeure. Je n’oublierai jamais ce que j’ai
vu cette nuit-là. Nous étions entrés dans une
pièce simple, contenant quelques bancs et quelques tables … pas
de fenêtres… pas de chaises… pas d’électricité… mais
assez de lampes à huile pour nous permettre de distinguer
un environnement très inconfortable, avec des gens étranges
assis autour de tables sales. Mais l’aspect étrange
et choquant à la fois de tout cela était les peintures
ou fresques murales disposées à l’entour de cette
humble place. Cette taverne, vraiment petite, était décorée
de fresques naïves représentant des personnages éméchés,
la bouteille à la main, le nez rouge, des alcooliques en train
de vomir, des chiens « arrosant » des lampadaires … en
d’autres termes, des scènes vraiment dérangeantes … réellement
comment pouvions-nous nous asseoir ici et manger ! Mais ma stupéfaction
n’avait rien de désagréable, car j’étais
consciente qu’il ne s’agissait pas d’un dîner
ordinaire et j’avais confiance dans le choix de Raymond, aussi
qui étais-je pour me plaindre … Là, j’étais
en compagnie de mon Maître, celui que j’avais rencontré dans
des circonstances si étranges pendant une initiation dans
l’un des plans intérieurs, aussi comment pourrais-je
mettre en doute son intuition et son jugement … C’était
une expérience réelle… une que j’étais
sur le point de découvrir sur ce plan physique…
Aussi, mon attention se focalisait de plus en plus sur
ce que j’observais et j’étais prête à partager
mon dîner avec les personnages ivres, grossiers et vulgaires
qui me regardaient des murs de cette vieille taverne grecque
remplie de gens obscènes et qui sait quelle engeance
encore… Etrangement, je me sentais complètement
chez moi certainement du fait de la présence de Raymond … S’il
souhaitait manger à cet endroit, je croyais en son jugement
et c’était bien pour moi… mais… Raymond
ne s’arrêta pas là … il tourna à l’angle
de la toute petite pièce pour se faufiler à travers
un passage sur sa droite … le propriétaire de
la taverne revint surpris pour dire en Grec à Harris
que si nous voulions nous asseoir dans la petite salle adjacente – qui était
son petit coin et sa table personnelle – nous étions
les bienvenus… Raymond fut satisfait et enfin nous nous
assîmes sur les deux bancs se faisant face… Harris
et Andréas n’avaient plus qu’à « rendre
les armes » … Ils étaient trop affamés
et probablement ne voulaient pas offenser Raymond qui – après
tout – était leur invité d’honneur.
Ainsi, nous avons eu droit à nos « mezze » (salades
grecques et différents plats préparés)
et - tout en mangeant - nos deux amis Grecs s’étaient
mis à poser de nombreuses questions intéressantes
sur les Mystères Grecs, les philosophes Grecs du passé,
des sujets ésotériques et mystiques de toute
sorte, et je faisais de même buvant jusqu’à plus
soif les propos de Raymond… cette conversation alla
bon train pendant deux heures quand soudain et sans crier
gare … l’expression du visage de Raymond et
son corps commencèrent à se transformer … il
paraissait avoir grandi et posséder un pouvoir divin,
un pouvoir et une aura extraordinaire l’enveloppèrent … Son
apparence devint si impressionnante que pendant un moment,
nous avons tous les trois retenu notre souffle … restant
sans voix … quelque chose s’était déroulé soudainement,
un mystère se dévoilait dont nous étions
les observateurs silencieux … Raymond s’était
métamorphosé en face de nous et il se mit à rire
fort d’une manière inquiétante … qui
secouait et taillait une brèche profonde dans notre
conscience … une partie inconsciente et endormie de
nous-mêmes fut réveillée avec force … cela
fit éclater notre indolence et je fus électrisée … Andréas
se mit à sangloter comme un enfant et Harris était
choqué et quasi paralysé … je peux en
parler car ils étaient juste assis en face de moi… Quant à moi,
j’étais gaie et remplie de joie … Pourquoi … ?
Sans raison apparente … mais quelque chose en moi
ressentait une étrange sorte de libération … une
libération d’un certain type … comme
un « Sésame ouvre-toi ! »
C’est ce qui arriva … et alors quelque chose d’extraordinaire
eut lieu … Raymond parla d’une voix forte et explosive :
« JE SUIS LE SEUL et UNIQUE ETRE VIVANT ICI – VOUS
ETES ENCORE TOUS MORTS »
A ce moment précis, je levais la tête en observant le
mur derrière mes deux amis Grecs. Une fresque – que je
n’avais pas remarquée précédemment – était
peinte sur le mur d’en face … pourquoi n’avais-je
pas vu cette fresque auparavant ? Je l ‘ignore… mais
ma tête tournée vers la droite - où était
assis Raymond, à mes côtés - pouvait en être
la raison … Bon … la fresque était manifestement
l’oeuvre d’ un autre artiste … c’était
une scène très joliment peinte représentant un
berger assis sous un olivier et jouant de la flûte de Pan… il
paraissait attendre … et surveiller trois jeunes agneaux… qui
dormaient l’un à côté de l’autre … et
entourant toute la scène était dressée une barrière… pour
les protéger… Je compris immédiatement le message… la « coïncidence »,
la synchronicité et la « magie » de ce
qui s’était passé… J’étais
comblée de joie par ce que j’avais observé. Raymond était
bien sûr mon guide, le Maître sur le point de m‘aider à m’éveiller
sur ce plan… A notre retour à l’hôtel, nous
dûmes nous séparer de nos amis Grecs, car ils devaient
rentrer chez eux et nous à notre hôtel. Une fois seuls
dans le taxi, je racontais à Raymond mes découvertes
et mon excitation face à ce que j’avais vu et ressenti… Il
sourit et me répondit quelque chose de personnel… mais
ce qu’il m’a dit a transformé ma vie toute entière.
Deux mois plus tard, j’étais à Londres, et comme
conséquence de cette histoire incroyable mais vraie et de cette
rencontre, j‘y restais pendant trois ans et demi, pour étudier
la psychosynthèse … (elle-même basée sur
la psychologie spirituelle) et pendant un certain temps j’eus à laisser
de côté mes études spirituelles et apprendre à me « tourner » dans
une autre direction pour ouvrir ma vulnérabilité et mon
cœur au monde dans lequel je devais vivre et RENAÎTRE à LA
VIE. Ce fut un processus douloureux mais j’avais à le
traverser… et l’ayant fait, je n’eus absolument
aucun regret…
Le 17 mars 1999, Raymond me demanda de retourner à Athènes
avec trois amis Chypriotes en qui j’avais confiance, j’ignorais
ce qui allait se passer sauf que nous devions aller à Eleusis.