Avril 1977 - page 13
Les Condoleances
Ceux qui d'un niveau suprême, dirigent l'évolution
des êtres et des hoses, avaient infusé en lui le sentiment
que sa tâche présente était réalisée.
Leur Sagesse Infinie et leur Immense Compassion sont telles que,
mêmes les plus sages et les plus avancés de ce monde,
même ceux, qui ont tout « réalisé »,
ignorent, à de très rares exceptions près, quand
et comment leur « grand départ » se produira.
Ce départ constitue, pour l'homme, sa plus haute initiation,
et, pour en bénéficier pleinement au niveau du Soi,
nul ne doit savoir l'heure de la convocation à l'avance ni
ce que cette initiation renferme. Elle est plus ou moins brève,
considérée dans le temps et l'espace de notre monde.
Mais, ce qui est. alors, « connu » par l'âme, même
dans le cas de réincarnation immédiate, est si absolu
et complet que des jours, des mois, des années, peut-être,
seraient nécessaires sur le plan humain et physique pour accomplir
une telle expérience. En outre, le mental, même s'il
est maîtrisé, demeure, car maîtrise ne signifie
pas annihilation, et le mental domestiqué conserve sa puissance
et sa ruse, aussi longtemps que le corps est « animé ».
C'est donc bien Sagesse et Compassion que de maintenir dans l'ignorance
du quand et du comment, celui pour qui le temps est venu de l'inéluctable
et définitif changement. Un sentiment, un pressentiment, s'il
peut être utile, de quelque manière à celui qui
doit partir ou à ceux qui vont rester… tel est le plan
des choses, et ce plan divinement conçu est justice et bonté,
même si notre insuffisance ne nous permet pas toujours, hélas,
de le comprendre, et bien que notre humaine réaction soit
aussi un élément de notre évolution en ce monde…
Ainsi s’achève l’histoire d’une
exceptionnelle amitié. Et, parce que tout est lié,
dans une réunion de famille, à Lyon, tout dernièrement,
alors que de cette amitié j’entretenais les miens, une
jeune cousine de sang m’a appris qu’à l’époque
napoléonienne, un prince Druse avait donné sa fille
en mariage à un officier français et que, de ce mariage,
elle était une descendante. Comme j'aurais aimé le
savoir plus tôt, et, au hasard d'une conversation, informer
de ce fait, mon ami disparu, Certes, cela l'aurait intéressé,
mais, à côté des liens du sang, il y a d'autres
liens, ceux du mysticisme, qui unissent, en une famille immense et
fraternelle, tous ceux, où qu'ils soient et à quelque
nationalité qu'ils appartiennent, qui côte à côte,
avancent vers un but de lumière, et à cette famille,
j'ai le privilège d'appartenir. Ces liens chaleureux, je les
ai, une fois encore, reconnus à travers les nombreux témoignages
d'affection qui me sont parvenus après la mort tragique de
Kamal Joumblatt. A tous ceux qui m'ont ainsi manifesté leur « présence » et à tous
ceux qui, ne serait-ce qu'un seul instant, ont pensé à moi, à nous,
mon coeur a répondu par un message de fraternité aimante
et de reconnaissance. Oui, je puis le dire, mon ami était
aussi leur ami, et, à travers moi, il les aimait, car il était
leur frère…
Les obsèques de Kamal Joumblatt
Salut et Paix - Paix Profonde ! - soient sur vous, Prince Kamal Joumblatt,
Très Sage Grand Maître des Druses ! Le Grand Oeuvre
est loin d’être achevé. Déjà, vous
vous préparez à la tâche nouvelle, mais maintenant,
autant que jamais nous sommes ensemble. Certes, j'ai aimé « l'habit » que
votre âme illuminait jusqu'ici. J'aimerai le nouveau tout autant,
des qu'à travers-lui, avec l'habit qui est le mien maintenant
ou avec celui que je revêtirai un jour, je vous aurai reconnu.
Mais dans les dernières lignes de cette lettre à d'autres
amis, permettez qu'au souvenir de ce que vous avez été pour
moi, le chagrin de ne plus vous avoir tel que vous avez été,
explose en cet instant et devant eux, en larmes silencieuses —les
larmes de celui qui dans le rythme des mondes et du temps, et dans
l'éternité de l'Unité réalisée,
demeure votre ami, votre frère, celui que vous aimiez.....
Je vous remercie, chers amis, de l'accueil que vous voulez bien réserver
aux « Lettres de Nulle part ». Celle-ci m'a permis de
vous confier ce que fut un homme dont j’ai été l'ami,
de vous le faire peut-être mieux connaître et, dans une
certaine mesure, de défendre sa mémoire que l'incompréhension,
au dehors, a pu ternir. C'était non seulement un devoir, le
devoir de l’ami, mais aussi un témoignage, car l'amitié est
un privilège. Je sais combien vous l’avez compris.

Mon Grand Ami le Prince Kamal Joumblatt
Très sincèrement vôtre.
Raymond BERNARD
Pour Savoir plus sur le Prince Kamal Joumblatt visiter le site :
Kamal Joumblatt website en anglais: http://www.kamal-joumblat.net