Août 1977 - page 10

Peinture de John de Marco
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Une question intéressante que l'on pourrait
se poser est lasuivante : « Quelle est la raison cosmique
de tous ces changements auxquels nous avons assisté et qui
ont été marqués, comme un point culminant, par
la Convention Mondiale de Paris ? » Cette question est d'autant
plus judicieuse qu'outre le Grand Maître de notre juridiction,
un autre, celui de la Grande Loge Nordique, nouvelle entité réunissant
plusieurs Grandes Loges anciennes, a été installé ,
que le Grand Maître des pays de langues anglaise et espagnole
a changé au même moment, ce nouveau Grand Maître étant
Robert Daniels, et que d'autres changements intérieurs importants
ont également eu lieu. Les choses vont même plus loin,
et dépassent le cadre de notre Ordre. À la maîtrise
de la plus puissante communauté soufie dans le monde, a accédé récemment
un jeune homme de vingt-cinq ans, que les anciens - comme, chez nous,
le Conseil Suprême - a élu pour succéder à son
père décédé et qui m'a fait, il y a quelques
mois, une visite courtoise et affectueuse. Dans les communautés
tibétaines rejetées par les événements
hors de leur pays d'origine, les Rimpochés (les « Précieux » ou « Vénérables »),
particulièrement ceux qui visitent l'Occident, ont pour la
plupart entre vingt-trois et vingt-sept ans, et je connais un Rimpoché âgé,
vivant en Normandie, qui prépare actuellement son fils à lui
succéder.
Aucune réponse précise ne peut être
apportée à la question posée. Il est aisément
perceptible que de tels changements sont cosmiquement voulus et réalisés.
Il semble que des « pions » sont mis en place par le
Cosmique et qu'une nouvelle étape commence pour l'humanité.
Si de bien plus jeunes sont appelés à un grand service,
ce peut être pour une double raison. D'une part, il est évident
que ces jeunes ont été moins marqués, ou pas
marqués du tout, par le cycle précédent. Ils
sont, pour ainsi dire, « neufs » et exempts de toutes
les influences et des croyances ou habitudes mentales et humaines,
dogmatiques, restrictives et autres du passé. Ils sont donc,
dans tout leur être, plus libres et plus disponibles pour être
des « transmetteurs » de la volonté et de la sagesse
cosmiques, et des outils efficaces du Cosmique pour l'étape
nouvelle. D'autre part, il se peut que, pour ce qui se prépare
et doit se réaliser, le Cosmique ait besoin de serviteurs
qui, en raison de leur jeunesse, ont une possibilité de « durée » beaucoup
plus grande, en vue d'un très long effort à soutenir.
On pourrait ajouter que, pour l'étape prolongée qui
s'ouvre, le dynamisme et l'enthousiasme de la jeunesse sont essentiels.
C'est tout ce que Ton peut logiquement comprendre et admettre en
ce moment. Les plans cosmiques sont établis et ils se déploient
et se révèlent lentement et progressivement. Je crois
qu'ils se déploieront et se révéleront, précisément, à travers
la mission et les actes de ces grands serviteurs qui viennent d'être
ou sont ailleurs intronisés dans leurs lourdes responsabilités.
Dans le domaine de la tradition et de l'initiation, il n'y a jamais
de « coïncidences ». La Convention Mondiale de notre
Ordre s'est, par conséquent, déroulée à un
moment défini de révolution humaine. On perçoit
ainsi son importance et l'on comprend qu'elle ait pu être un
tel événement.
Que des jeunes assument, pour les raisons données,
des responsabilités de premier plan ne doit, en aucune manière,
laisser supposer que les « anciens » puissent être
négligés ou oubliés dans le nouvel ordre des
choses. D'abord, et ceci est important, ce sont précisément
des « anciens » qui les ont choisis et élus. Ensuite,
je ne pense pas qu'aucun de ces jeunes « conducteurs » ait
jamais eu, un seul instant, l'idée d'établir quelque
distinction d'âge que ce soit parmi ceux dont ils ont désormais
la charge. Je pourrais même affirmer qu'ils sont animés
de sentiments tout-à-fait contraires à ceux que l'on
pourrait trop hâtivement leur prêter. La meilleure preuve
m'en a été apportée au moment même où j'écrivais
cette « Lettre de Nulle Part ». Une circulaire envoyée
par le Grand Maître Christian Bernard aux responsables territoriaux
et locaux de la juridiction francophone et aux organismes subordonnés
m'a été communiquée. Elle contient ces lignes à l'adresse
de ceux qu'il appelle les « Vénérables Anciens » de
notre Ordre, et je suis convaincu qu'il exprime des sentiments identiques à ceux
qu'ailleurs, dans des traditions authentiques, de jeunes grands responsables
peuvent éprouver. Je cite cet extrait qui me paraît
clair et déterminant :
« Le temps, d'ailleurs, s'écoule très
vite et la jeunesse, très bientôt, est un souvenir.
Il en sera de même pour moi, et un jour viendra rapidement
où ces premiers contacts seront un passe que seule notre mémoire
pourra nous rappeler. Aussi est-il important que je répète
aujourd'hui ce que j'ai dit bien souvent. Il n'y a pas,
dans notre Ordre, et il n'y aura jamais, de jeunes et de plus âgés.
Jamais je ne considérerai aucun f rater et aucune
soror d'après
son âge. Tous les rosicruciens ont une perpétuelle
jeunesse qui est celle du cœur et de l'espérance mystique
; certains, tout simplement, sont plus avancés
que d'autres sur le sentier de la lumière, et leur expérience
de la vie ou leur expérience de mystique sera toujours
pour tous, et d'abord pour moi, un bien précieux
dont nous serons heureux de bénéficier s'ils
veulent bien la partager avec nous. Je salue donc ici nos Vénérables
Anciens. Ils seront aussi mon exemple et j'apprécierai toujours les conseils éclairés
qu'ils voudront bien me dispenser. Qu'ils se sentent constamment
entourés par ceux qui, comme moi et avec
moi, sont soulevés d'ardeur et d'enthousiasme au service de
notre Rose-Croix et au service de ceux qui errent encore dans la
forêt de l'erreur... » (Christian Bernard).
Mes chers amis, une fois de plus une « Lettre de Nulle Part » nous
a réunis, vous et moi, et nous avons aujourd'hui, ensemble,
examiné des questions d'importance, très proches de
nos préoccupations mystiques et dont l'avenir révélera
peut-être davantage encore la portée. Dans chaque « Lettre
de Nulle Part », je continuerai de vous exprimer, sans aucune
contrainte, tout ce qu'il me semble nécessaire
de vous communiquer, de partager avec vous ou de commenter.
Comme je l'ai précisé en commençant,
je m'absente longuement pour un lointain voyage. A mon
retour, ce que j'aurai reçu et ce qu'il me sera permis
de dire, je vous le transmettrai. Le sujet de ma prochaine lettre est ainsi d'ores et déjà prévu.
En attendant que nous nous retrouvions, j'adresse à chacun
de vous, mes chers amis, mes plus fraternelles pensées et je vous renouvelle toute ma gratitude
pour l'appui que vous accordez à la « Lettre de Nulle
Part » et, par elle, à tous ceux qu'elle permet d'aider.
Très sincèrement vôtre,
Raymond BERNARD