Août 1977 - page 9
Il est assurément plus facile de parler de
ce que l'on appelle « qualités » chez autrui et,
comme mystiques, c'est ce que nous devrions constamment nous efforcer
de faire. Je remarquerai donc que la qualité dominante de
votre nouveau Grand Maître est la droiture. « Son oui
est un oui, et son non est un non » avaient conclu notre Imperator
et son épouse. Il n'a jamais changé à cet égard.
Une autre de ses qualités que son entourage rosicrucien m'a
signalée, est une profonde humilité. II se tient au
courant de tout, dirige, conseille et donne les instructions qui
lui semblent les plus appropriées, mais il s'efforce de rester
dans l'ombre et de mettre les autres an devant de la scène.
Il « sent » les êtres, il perçoit rapidement
leurs capacités et il sait les utiliser, en se réjouissant
de leur succès. Il est heureux du bonheur des autres et même
s'il en a été l'origine, il n'accepte pas qu'il en
soit fait mention. II est d'une autorité et d'une fermeté tranquilles
et assurées, faites de patience mais aussi d'obstination.
Il écoute, cependant, avec confiance et attention, les autres
avant d'en venir à une décision qui lui paraisse logique
et conforme au scrupuleux loyalisme qui ranime constamment en relation
avec notre Ordre, notre Imperator, la Grande Loge Suprême,
les traditions et les règles établies. Bien qu'il
prenne lui-même les décisions finales, il est un ferme
partisan d'une forme de collégialité dans laquelle chacun
exprime pleinement son avis et assume sans réserve
ses responsabilités, n sait que la direction et
la perpétuation de notre juridiction reposent entièrement
sur lui, mais il sait aussi que notre Ordre est une communauté et
surtout une grande famille où chacun
a sa place et où chacun peut et doit servir avec
lui. Son mysticisme est très profond tout en restant
discret. Sa bonté et son amour des autres sont
sans limite, quoique dissimulés peut-être
trop sous une apparente réserve qu'au premier abord
on peut prendre, à tort, pour de la froideur. Il est
d'une extrême sensibilité sans être toutefois vulnérable. La critique ne l'affecte pas apparemment, mais
il sait en tirer la leçon pour sa conduite. Il est
hautement respectueux de la vie privée des autres et il
apprécie la courtoisie dont lui-même s'ef
force de faire preuve constamment. La fermeté courtoise à laquelle
il s'en tient en toutes circonstances lui semble préférable à l'agressivité,
sauf en des circonstances extrêmes et exceptionnelles. Il désapprouve
toutefois la vulgarité. Il apprécie l'humour et la
saine plaisanterie. Toutes deux sont, pour lui, une nécessaire
détente, n sait se taire et voir tout en silence, préférant,
pour mieux diriger, réfléchir et méditer plutôt
que parler ou argumenter inutilement, si bien que ses conclusions,
avant qu'il en fasse part, restent indéchiffrables.
Son amour des autres l'amène,
pourtant, à communiquer beaucoup, dès qu'il
se sent en confiance, et toujours « à être
là ». A qui le connaît et le « sent » au-delà de « l'extérieur »,
sa personnalité est profondément attachante.
Mais il a surtout conscience - et c'est peut-être
le plus important - qu'il remplit une mission de service et, par
conséquent, qu'il est avant tout et en tout un serviteur,
et il a, en tout cas, une grande puissance de travail
Je pourrais naturellement vous parler encore très longuement
de votre Grand Maître, mais je crois que le plus essentiel
est dit. Je suis parfaitement conscient qu'il n'approuverait pas
et serait gêné de savoir qu'il a été ainsi
longuement question de lui dans cette lettre et sans doute sera-t-il
le premier surpris que j'aie pensé nécessaire de le
faire. Il sera surpris aussi que sa nature humaine, psychologique
et humaine me soit aussi familière, alors que je ne lui ai
jamais donné à penser que je pouvais l'observer
et l'analyser, lui qui observe et analyse tant les autres sans qu'ils
s'en doutent. Après avoir longuement réfléchi
et médité sur
ce sujet, j'en suis venu à la ferme conclusion qu'il était de
mon devoir, dans cette « Lettre de Nutte Part », de
vous entretenir de Christian Bernard, comme je l'ai fait,
et vous tous, depuis tant d'années, qui me connaissez,
savez que j'ai traité de cette question d'une manière
absolument impartiale et impersonnelle, sans tenir aucun compte des
liens de sang, ou peut-être si : sans eux, j'aurais certainement été plus élogieux.
Vous vous seriez attendus, de toute façon, à ce que
je présente, de la même façon sincère
tout autre successeur que j'aurais pu avoir, et c'est cette conviction
qui m'a conduit à la certitude que vous souhaitiez que je
le fasse pour celui qui a été élu à ma
charge précédente. Je crois donc avoir ici
répondu à votre appel muet, et je conclurai en
affirmant de tout coeur, mes chers amis, qu'à la tête
de notre juridiction se trouve vraiment un bon, un très bon
Grand Maître et que nous pouvons nous en réjouir..