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Janvier 1978 - page 2


Paramatma

Ce qui surprend le visiteur étranger, en Inde, c’est le nombre incalculable de dieux, dedemi-dieux et de leurs incarnations sous mille formes. Les Hindous vous diront qu’on en dénombre trois millions! Et aussitôt, la réaction de l’Occidental le conduit à un jugement extrême entièrement erroné. Il parle d’idolâtrie! Or, tous ces dieux, déesses, demi-dieux et avatars ou incarnations ne représentent que des manifestations de la loi cosmique et d’un Dieu unique. Les Hindous sont MONOTHEISTES. Ils croient à l’unité de l’Etre Suprême, mais ils symbolisent les attributs et les innombrables opérations cosmiques et naturelles de Dieu, dans l’univers et dans le monde, par des représentations, des figures et des dieux liés aux phénomènes. En somme, ces dieux innombrables ne sont que les phénomènes diversifiés de l’unique Noumène. Affirmer que tous les Hindous savent qu’il en est ainsi, je ne m’y risquerai pas. Beaucoup, certainement une majoritéle comprennent. Mais il en est là-bas comme ailleurs. Dans le monde chrétien, des catégories sociales pas assez développées intellectuellement, et encore moins spirituellement, rendent couramment un culte privilégié à un Saint et à sa statue, ou encore à un « Patron » réputé protéger tel métier ou telle profession. Le même fait existe naturellement en Inde, et certains ont leur « dieu familier » qu’ils ne relient pas à l’ensemble ou à l’unité. À ce sujet, un Chrétien indien, notre chauffeur à Bénarès, lui aussi fanatique et sectaire dans ses jugements sur ses compatriotes, était satisfait de sa foi religieuse, parce que, disait-il, elle était simple et qu’il ne comprenait rien à tous ces dieux. Pour lui, et sa moue de dédain était significative, tout cela n’était qu’idoles et superstitions ! Si l’on encourage les faits dans leur réalité, cette incompréhension qui lui avait été inculquée par un enseignement rigide et dogmatique, se retournerait contre sa propre critique à l’égard de ses compatriotes. Il les déclarait, lui aussi, paresseux. Ne l’était-il pas lui-même qui semblait avoir recherché intellectuellement une solution de facilité, et qui n’avait pas voulu, par-delà les apparences, contempler, au-delà de la multiplicité, l’Unique sans second des Sages de son pays ? Mais je ne dois pas oublier que, parmi les 2 % de Chrétiens, une bonne partie ont été recrutés dans les castes inférieures et parmi les « Intouchables ». Or, leur conversion les situe parmi les hors-castes, ce qui est une appréciable promotion ! Faut-il voir, dans la critique acerbe de ces convertis, une manifestation de vengeance envers leurs anciens coreligionnaires ? Ce serait, certes, une bien regrettable compréhension de leur nouvel état religieux et une violation de la règle essentielle du christianisme : « Ne jugez pas ! Aimez-vous les uns les autres! » Il est, en tout cas, surprenant de constater que, malgré ce privilège unique de se situer en dehors de toute caste, 2 % seulement d’Indiens ont opté pour le Christianisme. Il faut croire que les convictions du plus grand nombre sont donc bien établies et que leurs croyances les satisfont pleinement. Si tel n’était pas le cas, quel pourcentage impressionnant atteindraient, en Inde, les religions chrétiennes, ne serait-ce que pour l’avantage social offert par cette conversion! Mais l’Hindouisme a pu lui-même, sans transformer sa propre nature, intégrer Jésus-Christ et Le considérer sans restriction comme une incarnation de Dieu. C’est là toute la différence — et, certes, une différence de taille! J’ai vu, dans l’échoppe d’un marchand, une gravure représentant des Incarnations divines et, parmi les Avatars, figurait en bonne place Jésus sous la forme du Sacré-Cœur. Je n’en étais pas choqué, au contraire…


Benares

Dans l’Hindouisme, l’Etre Suprême unique se manifeste d’abord en une trinité ou trimourti représentant les attributs principaux de Dieu. Cette trinité est constituée par Brahma, Vishnou et Siva. L’un de nos guides, celui d’Agra — un Brahmane — nous a présenté, le 7 octobre, au sujet de la trinité hindoue, une explication lumineuse montrant que ces trois aspects étaient ceux d’un Dieu unique. Nous l’avons ensuite communiquée à d’autres guides, au cours de notre voyage, et ils l’ont accueillie avec un prodigieux intérêt. Nous aurons été ainsi un « relais », comme nous l’avons été à bien d’autres égards, et beaucoup, maintenant, par ces guides, bénéficieront d’une utile explication. Comme un autre guide âgé — lui-même l’était — celui-ci, pour nous enseigner, nous faisait, avec autorité, asseoir. Avec le précédent, ce fut sur les marches d’un temple vénérable. Avec celui d’Agra, ce fut au pied d’une muraille, face au joyau que demeure l’inoubliable Taj Mahal... « En anglais, dit-il, Dieu se dit God. Eh bien, écoutez : G désigne le « Générateur », le « Créateur » : c’est Brahma. O désigne « l’Observateur », celui qui observe pour conserver et maintenir - le « Conservateur », c’est Vishnou. D désigne le « Destructeur » et c’est Siva. Et ces trois dieux, cette trinité, c’est toujours le même Dieu, c’est « God ! » Rien ne pouvait être aussi clair pour expliquer le Dieu unique dans ses trois actes ou attributs fondamentaux : la création, la conservation et la destruction...


Trimurti

Brahma, jadis, était adoré comme étant le plus important de la trinité ou trimourti, mais, en fait, très peu de temples lui sont consacrés et, de nos jours, le nombre de ses fidèles est extrêmement limité. Ses temples, cependant, respirent la majesté, comme celui de Pushkar (signifiant : Lotus) que nous avons visité après nous êtres pliés avec respect aux rites du lac sacré de cette ville et avoir eu, appliqué sur le front, le point rouge des dévôts. L’explication de cette désaffection pour le culte de Brahma nous a été donnée sous une forme réaliste et, mon Dieu, fort logique, par un Hindou convaincu. « La création, observait-il, est faite, et regardez : on ne peut pas dire qu’elle signifie le bonheur (il avait, en disant cela, une moue d’amertume)! Alors Brahma, vous comprenez, c’est terminé! Il faut penser au présent et à l’avenir. Vishnou, le Conservateur, Siva, le Destructeur, eux, oui, ils sont toujours d’actualité! » Cette déclaration, de sa part, n’était pas sacrilège. Il savait parler d’attributs divins. S’il reniait l’un et le rejetait dans un passé révolu, il n’en était pas moins respectueux des deux autres, et par cette dévotion, de Dieu lui-même! Brahma, contrairement aux deux autres dieux, n’a pas d’incarnations propres. Les Écritures Sacrées de l’Inde, les Védas le font remonter directement à l’Etre Suprême. Ses statues le représentent avec quatre têtes. Brahma regarde ainsi dans les quatre directions de l’univers. Ces têtes sont considérées comme l’incarnation des quatre Védas. Brahma, le premier de la trinité hindoue ou trimourti, est le dieu de la sagesse. Il est donc un attribut important. Comme tous les dieux, puisque la manifestation exige pour être une double polarité — le masculin et le féminin — Brahma a une épouse : Sarasvati. Elle est la déesse de la science. L’art hindou la représente un luth à la main, montée sur un cygne.

Brahman

 

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