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Page 1 - Serie 1978, Juillet

Chers amis,

Je pense que, décidément, tout au long de cette année, chaque « Lettre de Nulle Part » vous entretiendra de l'Inde et du voyage que j'y ai effectué en compagnie de mon ami Jean-Marc. Il est évident qu'il aurait fallu un livre entier pour vous relater l'ensemble des expériences rencontrées et des découvertes que ce pèlerinage aux sources de quarante-cinq jours nous a permis de faire. Mais mon but est surtout de vous procurer quelques points de repère fondamentaux qui vous permettront, si vous vous rendez vous-mêmes en Inde, de « voir au-delà » sans, pour autant, vous laisser prendre aux pièges de l'illusion et, tout en lui accordant la part qui lui revient, de ne pas vous contenter, en ces lieux d'immémoriale sagesse, de « faire du tourisme »Mieux vaudrait, plutôt que cela, économiser votre temps, votre fatigue et, naturellement, votre argent. Nous avons vu, Jean-Marc et moi, des tours organisés d'une durée de huit jours. Que pouvaient voir ou comprendre tous ces gens en si peu de temps ; alors qu'à nous deux, en dormant à peine quelques heures chaque nuit, il a fallu un mois et demi pour recueillir le plus possible, mais en négligeant parfois, il est vrai, l'aspect purement touristique de l'immense pays dont je vous ai dit déjà l'incomparable diversité. Dans la dernière « Lettre de Nulle Part » qui sera consacrée à l'Inde, je vous ferai part, très ouvertement et très franchement, des problèmes que nous avons rencontrés du point de vue de l'organisation de notre voyage afin qu'étant prévenus vous ne puissiez être pris dans les filets décevants d'un commercialisme à tout prix contre lequel, sur place, là-bas, vous n'auriez aucun recours. Je soulignerai donc ce qui est à éviter et l'attitude qu'il faut adopter en certaines circonstances. Si nous n'avions été que de simples touristes, il est fort probable que, pour les raisons que je vous expliquerai, nous aurions, à différentes reprises, interrompu notre voyage... Mais nous étions venus chercher autre chose d'infiniment supérieur et si nous l'avons trouvé — et largement — ce n'est certes pas grâce aux agences avec lesquelles nous avons eu affaire. Ce sont nos propres efforts et, assurément, l'aide d'En-Haut, qui nous ont permis d'attein­dre les buts que nous poursuivions. Dans cette même « Lettre de Nulle Part » qui clôturera la série indienne, si je puis dire, j'extrairai de mon journal un compte-rendu chronologique et journalier des faits. Vous aurez ainsi un résumé de ce que je vous aurai dit dans des lettres précédentes, et des remar­ques ou explications complémentaires se rapportant à l'organisation de notre voyage et aux problèmes qu'il nous a fallu surmonter. Je crois donc qu'après avoir été ainsi informés, vous serez en mesure d'éviter bien des difficultés, et je serai satisfait d'être celui qui, sur la base de son expérience, vous aura prévenus. Mais nous n'en sommes pas encore à ces ultimes considérations... Nous allons auparavant poursuivre le pèlerinage que nous avons entrepris ensemble, depuis quelque temps, dans la « Lettre de Nulle Part » trimestrielle. Repartons donc immédiatement pour l'Inde, en quête de plus de connaissance et de lumière...

Dans ma lettre précédente, je vous ai entretenus des ashrams, et vous savez qu'il s'agit essentiellement de communautés réunies autour d'un gourou ou perpétuant sa mémoire. A l'extrême, on pourrait dire qu'en Occident, les Ordres mystiques et traditionnels sont des ashrams, avec cette différence fondamentale que le but de ces communautés est de perpétuer un enseignement en évolu­tion incessante et, ainsi, toujours adapté aux circonstances et à des temps nouveaux. En outre, cet enseignement demeure impersonnel et il n'implique de dévotion ou de culte ni pour un « Maître » vivant ni pour un <<instructeur>> décédé depuis plus ou moins longtemps. C'est là la seule différence et elle est d'une importance considérable. Si on l'excepte, les similitudes sont frappantes, surtout, peut-être, par les problèmes rencontrés sur les différents plans d'activité, y compris le plan matériel. Mais la compréhension indienne de ce dernier plan est tout-à-fait particulière. Elle a été héritée d'un passé remontant à des millénaires et elle est fondée sur la notion juste de don ou d'offrande et de sacrifice. Il en résulte que, pour l'Indien, il n'y a rien de choquant dans le fait que chaque ashram comporte des magasins de vente — parfois vraiment beaucoup — et, même non hindou ou non prati­quant, il considérerait avec hauteur ou commisération quiconque, pour cela, taxerait les ashrams de « commercialisme ». Bien mieux, dans tous les temples et au pied des statues de ceux-ci ou de monu­ments publics, l'Indien jettera ou déposera avec amour et respect une ou plusieurs roupies. Il n'y a, en cela, aucune idolâtrie et pas davantage de « fétichisme ». Ce don ou cette offrande symbolise une intention ou caractérise un sacrifice. Ni Jean-Marc ni moi n'en avons été offusqués. Après tout, d'une certaine manière, nous observons une coutume identique en Occident, dans des circonstances sem­blables. Mais quelques-uns crient à la superstition, en oubliant la puissance de l'intention, et, certes, si l'on considère celle-ci, il n'est rien de superstitieux dans ce geste. En Inde, dans quelques temples, il y a, chaque jour, des montagnes de roupies qui sont autant d'intentions positives s'exprimant ainsi, et ces roupies ne peuvent être employées que pour un bon usage. A tout cela, vraiment, en ce qui me concerne, je n'ai absolument rien à redire...

 

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