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Page 15 - Serie 1978, Juillet

raymond bernard - un grand lama

Pour terminer sur ces contacts avec les Tibétains, je vousrelaterai un fait intéressant. Nous avions beaucoup exigé de notre guide tibétaine ; elle avait peu à peu coopéré avec nous sans réserve, comme l'avaient fait ailleurs nos autres guides quand je leur avais expliqué qui nous étions et ce que nous cherchions. Mais je sentais que, moi aussi, je devais lui apporter une « preuve ». En attendant l'avion à Bagdoa sis à 90 kilomètres de Gangtok, au restaurant je m'ouvris de mon intention à Jean-Marc qui me répondit : « Oui, le le faut! ». Alors, ce que je ne fais pratiquement jamais et ce que j'ai adopté comme règle fondamentale de ne jamais faire, j'ai dit à notre guide tibétaine tout ce que j'avais lu en elle et dans son aura, ainsi que chez son jeune frère qui l'avait accompagnée avec notre permission. Ebahie, elle a sorti ensuite une photographie de son sac et je lui ai indiqué les liens familiaux, avec elle, de ceux qui étaient représentés, tout en lui révélant leurs problèmes et leurs difficultés, tout autant que leurs joies et leurs qualités. Enfin, comme elle venait de parler dans un coin éloigné de la salle avec une amie, je lui ai révélé ce qui venait de faire l'objet de leur longue conversation. Surprise, a-t-elle dit alors, de toutes les vérités que je venais de lui dire, elle s'est exclamée, admirative : « Mais vous êtes un Lama, un Grand Lama » et Jean-Marc était content mais pas étonné. « C'était important de le faire ! » a-t-il tout simplement conclu. Et juste avant de franchir la pièce où nos bagages devaient être inspectés, comme partout en Inde, notre guide et son frère sont venus une dernière fois nous saluer à la manière tibétaine que je vous ai déjà expliquée, en nous mettant un châle blanc autour du cou. Elle m'a encore regardé et dit : « Un Grand Lama ! » et nous nous sommes séparés. Ainsi, à Bagdoa, s'achevaient, avec notre guide et son frère, nos inoubliables rencontres avec les Tibétains...

Nous nous sommes donc, mes chers amis, retrouvés une fois de plus par l'intermédiaire de la « Lettre de Nulle Part », et j'espère que les sujets dont je vous entretiens actuellement, bien qu'ils se rapportent tous à l'Inde, répondent à votre attente. Je partage avec vous ce qui a été pour moi une très riche expérience et une expérience vécue. Comme je me l'étais proposé dès la toute première « Lettre de Nulle Part », je m'exprime, dans chacune d'elles, de la façon dont un ami le fait à ses amis privilégiés, c'est-à-dire en toute sincérité et en partageant avec eux ses impressions et ses sentiments les plus profonds, tels qu'il les ressent et sans en déguiser aucun. Lorsque j'en aurai terminé avec la relation de mon voyage en Inde, avant de vous écrire au sujet d'autres pays que j'ai connus — et il y en a tant d'autres — je traiterai d'abord, si vous le voulez bien, de questions intéressant notre vie de chaque jour et les circonstances de notre existence humaine. Lesquelles? Je ne puis encore le préciser mais, vous le savez, le choix est vaste en ces temps difficiles mais passionnants que nous traversons, en route vers la lumière et la paix plus grandes d'une ère déjà commencée..

Puisque, lors de notre prochaine rencontre, je dois vous entretenir de l'état de Bouddha, de celui de Bodisattva, du Bouddhisme en général et, également, du Maître Maitreya, je voudrais aujourd'hui, avant de nous séparer, soumettre à votre méditation un texte fondamental que la plupart d'entre vous connaissent sans doute déjà, mais qui me paraît approprié pour conclure cette lettre et préparer la suivante. Il s'agit d'un extrait important de ce que l'on a appelé le « Sermon de Bénarès » dans lequel, à ses anciens compagnons d'ascèse, le Bouddha expose les fondements de son enseignement.

Voici, ô moines, la vérité mystique sur la suppression de la douleur : c'est l'arrêt complet de cette soif, la non attraction, le renoncement, la délivrance, le détachement. «... Voici, ô moines, la vérité mystique sur le chemin qui conduit à l'arrêt de la douleur : c'est le chemin mystique à huit membres qui s'appelle vue juste, intention juste, parole juste, action juste, mode de vie juste, effort juste, vigilance ardente et juste, et juste samâdhi (état mystique indéfinissable).

«Telle est la vérité mystique sur la douleur. Ainsi, ô moines, sur toutes les choses jusqu'a lors inconnues, mes yeux se sont ouverts, et apparurent connaissance, sapience, science et lumière ».

Et méditez enfin, puisque nous aurons à examiner l'expression tibétaine du Bouddhisme, cette courte citation du célèbre Brug-pa Kun Legs de l'Ordre des Kargyupa qui vécut vers la fin du quinzième siècle, car elle est une leçon de prudence utile en tout temps :


« D'authentiques gourou sont plus rares que l'or, Les charlatans plus nombreux qu'un nid de fourmis ».
Je vous quitte, mes chers amis, pour quelques mois. Nous nous retrouverons en octobre, pour la dernière « Lettre de Nulle Part » de cette année. En attendant, je formule pour chacun de vous mes vœux les plus fraternels.

 Très sincèrement vôtre,

Raymond BERNARD


P.S. : Comme vous l'avez constaté, mes chers amis, dans mes lettres, je partage avec vous les lectures qui m'ont le plus intéressé parmi celles que j'ai pu effectuer. Bien qu'elle n'entre pas dans le cadre du sujet actuellement traité ici, il est un livre proposé par les Editions Rosicruciennes, sur lequel je désire attirer tout particulièrement votre attention. II. s'agit de l'ouvrage intitulé : « Oeuvres philosophiques et morales », dont l'auteur est Francis Bacon, Imperator de notre Ordre au dix-septième siècle. Je crois que les Editions Rosicruciennes devraient insister beaucoup plus sur ce magni¬fique ouvrage que je considère comme extrêmement important pour un rosicrucien. Si vous le lisez lentement et avec attention, vous en saisirez, comme je l'ai fait, toute la valeur pour notre temps et toute la haute signification mystique pour un chercheur de notre époque. Ce livre renferme les solu¬tions à de grands problèmes qui déroutent l'homme moderne. Oui, mes chers amis, c'est bien à nous, hommes et femmes d'aujourd'hui, que, dans cette œuvre, s'adresse notre Imperator du passé, Francis Bacon. Ne manquez pas cette lecture de choix.

Publication intérieure et privée réservée aux seuls membres actifs et réguliers de l'Ordre rosicrucien A.M.O.R.C, Château d'Omonville, Le Tremblay, 27110 Le Neubourg. Le contenu de cette publi¬cation ne représente pas, cependant, la pensée officielle de l'Ordre rosicrucien A.M.O.R.C, mais uniquement celle de son auteur.

 

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