1.
Raymond Bernard, les médias, surtout en Suisse et en France,
ont maintes fois consacré titres, reportages et interviews
à l’O.T.S. Avez-vous été en contact
avec l'OTS ?
Raymond Bernard : En
réponse aux questions qui ont pu, à quelque moment
que ce soit, m’être posées à ce sujet,
j’ai dit et répété que je n’avais
absolument rien à voir avec l’organisation qui a
été connue sous le nom d’Ordre du Temple Solaire.
Je réponds clairement et catégoriquement que je
n’en ai entendu parler pour la première fois, comme
tout le monde, qu’au moment de la tragédie. Je déclare
donc, de manière nette, complète et énergique,
que toute référence qui pourrait être faite
à une relation, même lointaine, entre l’Ordre
du Temple Solaire et moi, serait totalement et définitivement
fausse et mensongère. Je ne suis pas plus informé
des questions de l’OTS que le public en général
qui a lu dans un journal ou une revue, ou entendu à la
radio quoi que ce soit à ce sujet, ou vu quelque émission
que ce puisse être à la télévision.
2. Avez-vous
rencontré Jo di Mambro ou Luc Jouret ?
Raymond Bernard : Dans
un mouvement traditionnel et ancien tel que l’AMORC qui
inclut des milliers de membres, il est impossible à un
dirigeant de les connaître tous, même si des liens
fraternels théoriques unissent l’ensemble. Mes fonctions
successives dans l’AMORC furent celles de Grand Maître,
puis de Légat Suprême pour l’Europe et enfin
membre du conseil mondial constitué alors de cinq membres
seulement siègeant aux Etats-Unis, en Californie, siège
suprême de l’Ordre à cette époque. Ces
fonctions étaient telles du point de vue du travail, des
activités et des responsabilités qu’elles
ne permettaient pas un contact avec chaque membre de l’Ordre
individuellement. La situation est, dans de telles fonctions,
la même que celle d’un dirigeant d’une très
grande société dans le monde en général.
En ce qui concerne Monsieur Di Mambro, du fait qu’il avait
été, selon la terminologie traditionnelle, " Maître "
(on l’est un ou deux ans) d’une loge rosicrucienne,
il serait possible que je l’aie rencontré. Il m’a
été dit après la tragédie que l’on
sait, que j’avais exclu Monsieur Di Mambro de l’AMORC.
Je n’ai pas souvenir des circonstances ni des raisons de
cette exclusion. Selon les informations que l’on m’a
données, il n’était plus rosicrucien à
partir d’une certaine date. Quant à moi, je n’ai
aucun - je dis bien aucun - souvenir de Monsieur Di Mambro. Même
s’il a été un temps rosicrucien, je regrette
de dire qu’il ne m’a pas frappé au point que
je me souvienne particulièrement de lui, et ce, même
si, un dossier étant venu sur mon bureau, j’ai suivi
une recommandation d’exclusion le concernant, conformément
aux règles de l’Ordre.
Quant à Monsieur Luc Jouret, je ne l'ai jamais rencontré
et je ne peux, par conséquent, avoir quelque souvenir que
ce soit de lui.
3. Quelle
est l'origine de l'ORT ?
Raymond Bernard : L’ouvrage
de Serge Caillet intitulé : " L’Ordre
Rénové du Temple, aux racines du Temple Solaire "
publié chez Dervy et certainement toujours disponible est
la meilleure et la plus complète référence
à ce sujet. Je résumerai donc très brièvement
ce qui est rapporté si parfaitement dans ce livre.
Je suis à l’origine de l’ORT. Alors que l’Ordre
de la Rose-Croix AMORC était en pleine formation en France,
il y eut alors un grand intérêt du public pour les
questions templières. J’ai pensé, pour éviter
que les membres de l’AMORC se dispersent, qu’il était
judicieux d’établir au sein, ou de manière
très proche, de l’AMORC, un mouvement qui porterait
le nom de templier. J’ai donc demandé l’avis
du directeur mondial de l’AMORC, celui qui a le titre traditionnel
d’Imperator. Il m’a finalement donné son accord
et j’ai ainsi créé l’organisation appelée
Ordre Rénové du Temple. Je l’ai fait en octobre
1970 sous la forme d’une association légale distincte
de l’AMORC. Cet Ordre, depuis sa création et jusqu’au
moment où je m’en désintéresse complètement,
en octobre 1972, était réservé uniquement
aux membres de l’Ordre de la Rose-Croix AMORC. Il n’y
avait alors aucune exception à cette règle. Rapidement
les conditions générales se rapportant aux questions
templières ayant changé et l’intérêt
des Rosicruciens ayant vite décru, plus vite qu’envisagé
au début, il n’était plus nécessaire
qu’un mouvement templier soit lié à l’AMORC
et j’ai donc chargé Julien Origas de la responsabilité
de l’Ordre Rénové du Temple. Julien Origas
était un membre de l’AMORC, très loyal envers
celui-ci. Pendant un certain temps, il a voulu me tenir informé
puis, sur mon insistance, car l’AMORC occupait tout mon
temps, il a cessé, et conduit l’ORT comme il l’entendait.
Je n’avais plus à être informé et je
ne l’ai plus été. L’AMORC n’avait
plus rien à voir avec l’ORT, et il en était
de même pour moi.
4. Que représente
le cardinal blanc, personnage mystérieux de votre récit
"Rendez-vous secret à Rome", dans la transmission
templière ?
Raymond Bernard : Me
trouvant à Rome en octobre 1955, j’ai rencontré
Giuseppe Cassarà di Castellamare dont l’adresse m’avait
été communiquée par Ralph M. Lewis, directeur
mondial de l’AMORC. Il devint vite un ami personnel et m’a
fait ensuite connaître le Grand Maître en fonction
d’une branche de la Franc-Maçonnerie italienne assez
importante, d’essence templière, le Comte Damiani,
d’une ancienne famille italienne. C’est ainsi que
j’ai été reçu dans une fraternité
maçonnique aux origines et à la tradition dites
templières. Mais je précise immédiatement
et avec insistance que, dans mon esprit et ma ferme conviction,
il n’y a aucun lien possible entre quelque organisation
templière que ce soit et l’Ordre du Temple, créé
au douzième siècle. Cela, je n’ai jamais cessé
et je ne cesserai jamais de le proclamer.
Il m’est arrivé, certes, dans des conférences,
livres et articles, de me référer à l’aspect
templier d’une " réception initiatique "
qui m’a été accordée dans un cadre
déterminé. Cette tradition séculaire était
fondamentalement maçonnique, et en soulignant son caractère
en essence templier, j’ai dit l’exacte vérité.
Ne pouvant, à l’époque, conformément
aux règles de la tradition maçonnique et surtout
par respect pour le caractère confidentiel de telles activités
dans une ville, Rome, où il était prudent de ne
pas être trop clair et précis, je ne pouvais préciser
le fait que le cadre de cette transmission était une branche
de la Très Respectable Franc-Maçonnerie italienne,
et la confidentialité maçonnique est toujours de
règle partout. J’ai " désigné ",
" révélé ", sans dire
ni trahir. En me référant au "Cardinal blanc",
je me référais, en fait, par une allusion significative
du mot cardinal, à un responsable important dont la tenue
blanche, de rigueur à l’époque, était
symbolique de la tradition dont il assumait la responsabilité.
Je n’ai pas été à l’encontre
d’une vérité symbolique en parlant du cardinal
blanc. Le Cardinal blanc a été, de ce point de vue,
un symbole vivant, une réalité. Il m’est possible
actuellement, lorsque je reviens à ce grand " passé "
et en extrayant quelqu’un en particulier de la charge assumée,
de ne me souvenir que du symbole représenté et d’en
ressentir toute la force traditionnelle.
5. Y-a-t-il
une autorité commune, une forme de synarchie, à
laquelle tous les Ordres se réfèrent ?
Raymond Bernard : S’il
y avait une autorité commune, il n’y aurait sûrement
pas ces divisions, ces luttes difficiles, ces critiques parfois
- hélas ! — acerbes et souvent hypocrites portant
sur certains, sans crainte de détruire leur respectabilité.
Qu’il y ait, à l’arrière de toutes les
activités traditionnelles et EN ESSENCE, un même
courant spirituel ou intellectuel, cela est possible, mais si
l’on se situe dans le " manifesté "
et sur le seul plan humain, physique et matériel, c’est
absolument impossible, car contraire à la nature humaine
fondamentale. Il suffit de considérer les multiples scissions
qui ont eu lieu périodiquement dans toutes les organisations,
en particulier dans les temps modernes, pour le constater, et
en profiter pour souligner qu’hélas de tels mouvements,
lorsqu’ils s’opposent les uns aux autres, quel que
soit le mobile et aussi justifié que ce soit en apparence,
ne servent pas du tout la cause commune de la tradition. S’il
y avait à l’arrière de tous les ordres ou
mouvements une direction occulte, cachée, commune, elle
ne permettrait certes pas de telles luttes, préjudiciables
à l’ensemble. Une telle direction n’existe
absolument pas.
6. Ce personnage
mystérieux, Maha, qui serait en contact avec tous les Ordres,
est-il réel ?
Raymond Bernard : Le
mot Maha est un terme sanscrit qui signifie " Grand ".
Maha a été un personnage bâti à partir
de mes rencontres avec de multiples personnes qui, sur un certain
plan, auquel je crois personnellement, représentent une
forme d’autorité " spirituelle de référence "
en raison de leur consécration à la recherche de
ce qui est nommé dans la tradition " la vérité
éternelle " et à la formulation qu’ils
ont pu en donner ou transmettre. Le mot Maha a donc désigné,
dans ma compréhension, ces différentes personnes
qui ont, à quelque moment que ce soit, apporté leur
contribution à la tradition telle qu’elle se manifeste
au service de l’humanité. L’ensemble de ceux
qui ont œuvré en ce sens, je l’ai rassemblé
sous le nom d’un personnage, Maha, qui, ainsi expliqué,
" rassemblé ", est encore plus impressionnant
dans sa multiplicité, dans sa diversité active.
7. Pourquoi
avez-vous cessé toute participation effective au travail
de l’AMORC, d’abord comme Grand Maître en 1977,
puis comme Légat Suprême en 1986 ?
Raymond Bernard : Les
circonstances faisaient que mes aspirations personnelles à
servir dans de telles responsabilités étaient comblées
et que je ne pouvais pas apporter davantage dans ce cadre défini.
Mais surtout le temps était venu pour d’autres, et
en particulier pour Christian Bernard, dûment préparé
et prêt pour insuffler une dynamique nouvelle et un essor
spirituel plus grand, d’assumer leurs responsabilités
et d’accomplir leur œuvre.
8. A l'occasion
d'un colloque, il y a quelques années, en réponse
à la question d'un participant, vous auriez déclaré
:"Je n'ai jamais travaillé de ma vie." Pouvez-vous
confirmer cette déclaration ?
Raymond Bernard : Je
la conteste catégoriquement. Une telle déclaration
serait, d'ailleurs, contraire à une vérité
connue d'un nombre considérable de personnes en France
et dans le monde. Je n'insiste jamais sur ce sujet, mais la déclaration
dont vous faites état me contraint de le faire, et voici
ma réponse claire et définitive :
J'ai considérablement travaillé toute ma vie, avec
de longues journées de labeur qui se prolongeaient tard
dans la nuit et qui incluaient très souvent samedis et
dimanches. Mon travail est bien connu de ceux et celles qui en
ont bénéficié, en particulier les Rosicruciens
de mon époque : traductions, écrits, livres, volumineux
courrier et mes réponses quotidiennes, conférences,
participations aux congrès, voyages de travail, etc. Mais
ce travail a été naturellement et fondamentalement
intellectuel.
A la question dont vous parlez, j'aurais donc pu répondre
: "Je n'ai jamais travaillé de mes mains", car
il est vrai que mon travail n'était pas manuel, mais je
n'ai pas répondu la contre-vérité choquante
et fausse que contient la réponse qui m'a été
attribuée. J'espère avoir ainsi bien remis les choses
au point et je vous suis reconnaissant de m'avoir permis de le
faire par votre question.
9. Votre
succession peut-elle suggérer que l’AMORC est une
affaire de famille ?
Raymond Bernard : Lorsque
j’ai démissionné de mes fonctions, en particulier
celle, fondamentale, de membre du bureau suprême, quelqu’un
d’autre, naturellement devait être élu à
ma place. Mon fils, qui avait grandi dans cet environnement et
qui, sans qu’il y soit jamais forcé, était
devenu très jeune, membre de l’AMORC, a été
élu de manière tout à fait traditionnelle.
Ainsi, parce que mon fils était élu à mes
fonctions, certains ont fait la remarque que l’AMORC était
une dynastie. Des dizaines d’années auparavant, aux
Etats-Unis, la même situation s’est produite, Ralph
M. Lewis ayant été élu à la suite
de son père. Une telle remarque n’avait pas été
faite là-bas. C’est en tout cas une remarque que
l’on pourrait dire " irréfléchie ".
Dans tous les pays républicains, en France et ailleurs,
il arrive que le fils soit élu en remplacement de son père.
On le voit dans les mairies, dans les conseils généraux,
dans les parlements et autres assemblées. C’est même
une situation fréquente. Il n’y a rien d’étrange
ou de particulier à ce que cela se produise dans des mouvements
fraternels. Je dirai même, par expérience, que c’est
à la satisfaction de la très grande majorité.
Chacun comprend que de telles charges ne sont pas toujours faciles
à assumer socialement parlant. J’ajouterai qu’il
y a vingt-cinq ans il n’y avait pas beaucoup de candidats
surtout pour des fonctions à remplir quotidiennement et
sans limite horaires.
10. Qu'est
ce qui vous a amené à créer de si nombreux
mouvements ?
Raymond Bernard : Je
viens de l’expliquer en partie. J’ajouterai simplement
que, pour continuer d’intéresser ceux qui étaient
en recherche sincère et les maintenir dans cette recherche,
certains sujets et certaines activités me semblaient pouvoir
être conduits dans une ou plusieurs directions nouvelles,
de manière plus approfondie, sans pour autant quitter la
structure fondamentale où était et demeurait pour
chacun la base même de ses travaux. C’est ce sentiment
très fort qui m’a conduit à créer quelques
mouvements spécifiques. Il s’est chaque fois agi
de tentatives, d’efforts, en vue d’apporter une aide
à certains et de leur éviter des choix qui pouvaient
ne pas être sûrs pour eux. Certains de ces mouvements
ont été des échecs. D'autres ont perduré.
Mais la règle essentielle, forte et ferme que j’ai
appliquée, maintenue, et que d’autres, après
moi, continueront de suivre, est la tolérance et le respect
de tous les mouvements traditionnels et de tous les efforts entrepris
où et par qui que ce soit, avec cependant une réserve,
celle-ci : une création qui aurait pour unique fondement
l’ego, dans les domaines particuliers de la tradition et
de la recherche spirituelle, ne saurait être valable et
ne pourrait, de toute façon, se maintenir. Tout ce qui
est manifestation de l’ego, tout comme l’ego lui-même,
a une fin inéluctable, même si celle-ci est plus
ou moins rapide. Ce que l’on appelle " avenir "
est donc, à cet égard, le meilleur juge.
11. Pourquoi
n’avoir pas fait tout cela dans le cadre d’une organisation
déterminée que vous dirigiez ?
Raymond Bernard : Je
l’ai fait dans toute la mesure du possible, mais cette organisation,
comme toutes les autres, a des règles et le respect de
celles-ci est essentiel. Dans le cadre de cette organisation,
introduire des recherches particulières ou développer
trop, au détriment des autres, une particularité,
aurait conduit à une dispersion de l’intérêt
de ceux qui venaient à ce mouvement pour en recevoir la
formation traditionnelle donnée par lui depuis presque
cent ans dans sa manifestation moderne. Une telle dispersion aurait
créé une grande confusion et aurait été
dommageable pour tous. C’est d’ailleurs, je suppose,
la règle toujours majeure du mouvement auquel vous faites
allusion et qui est certainement l’Ordre de la Rose Croix
AMORC.
12. Avez-vous été initié par Jacques Breyer ?
Raymond Bernard : Contrairement
à ce que l’on a pu dire ou affirmer ici ou là,
je n’ai vu Jacques Breyer que deux fois. Une fois, lorsque
j'ai été invité par une relation qui appartenait
à la même tradition maçonnique que moi à
être présent, en tant que " curieux ",
à une cérémonie tenue dans un village près
du mont Obiou. Cette circonstance est mentionnée dans le
livre de Serge Caillet. Une autre fois, lors d’une rencontre
courte et formelle chez une amie de sa mère. J’avais
naturellement entendu parler de Jacques Breyer car, dans les années
1960, ses livres intitulés " Arcanes Solaires "
et " Dante alchimiste ", étaient souvent
mentionnés dans certains milieux maçonniques et
autres.
13. Quelles
sont vos relations personnelles avec la Franc-Maçonnerie ?
Raymond Bernard : Même
si je ne peux participer régulièrement à
aucune réunion, à aucune " tenue",
parce que ma santé ne me le permet pas, je reste membre
d’une grande obédience maçonnique.
14. Pouvez-vous
nous parler de vos relations avec l’Afrique et avec certaines
personnalités politiques africaines ?
Raymond Bernard : J’ai
commencé à assumer mes responsabilités dans
l’Ordre de la Rose-Croix AMORC le 1er mars 1956 à
un moment où ce qui a été appelé la
décolonisation n’était pas encore entreprise,
ni même envisagée telle qu’elle a été
réalisée par la suite. Or, déjà à
cette époque, les enseignements rosicruciens étant
envoyés aux membres de l’AMORC sous forme de monographies,
des Africains, sur tout leur continent, les recevaient, en anglais
d’abord, à partir d’autres juridictions et
d’autres pays, puis en français, à partir
de la France, lorsqu’une juridiction y fut créée
après la dernière guerre mondiale. Au moment où
j’ai pris mes responsabilités dans l’AMORC,
de nombreux Africains étaient donc déjà rosicruciens.
Parmi eux, beaucoup avaient une formation académique et
parmi ces membres africains de l’AMORC, au moment où
des élections ont eu lieu lors de la décolonisation,
certains ont ensuite été amenés à
occuper électivement des fonctions très importantes,
ou ont été choisis pour les occuper. Ces personnes
avaient assurément leurs préoccupations particulières,
politiques et autres, leur volonté de se dévouer
à leur pays, et les circonstances ont ainsi voulu qu’elles
réalisent leurs espérances et leurs choix individuels.
Or, certains étaient déjà soit rosicruciens
soit francs-maçons, ou les deux, c’est-à-dire
membres d’un ou des deux courants essentiels de ce temps.
Il n’y avait pas, en effet, en 1956 ni dans toutes les années
1960, autant d’organisations, sectes et autres, qu’il
y a de nos jours.
Il est donc clair que le fait que certains Rosicruciens ou Francs-Maçons,
ou les deux, aient ensuite accepté des fonctions politiques
de premier plan, n’a pas été un choix spécifique
qui a été fait par l’AMORC ou la Franc-Maçonnerie.
Il s’est trouvé simplement qu’au moment où
ils ont assumé leur fonction, ils étaient déjà
rosicruciens, francs-maçons ou les deux. C’est ce
que je suis en mesure de répondre à votre question,
étant bien précisé, et j’insiste, que
tous les responsables politiques éminents de ces pays n’ont
pas été dans ce cas. Certains n’ont certainement
jamais appartenu à quoi que ce soit. Je ne comprends d’ailleurs
vraiment pas pourquoi il est si souvent fait référence
à l’Afrique et aux Africains dans les domaines dont
nous nous entretenons. Les hommes sont partout des hommes, où
qu’ils se trouvent, en Europe, en Afrique, en Asie ou en
quelque autre continent que ce soit.
15. Vous
avez été aussi consultant de personnalités
politiques. Où est la limite entre le fraternel et le politique
et quelles incidences financières en ont résulté ?
Raymond Bernard : Personne,
avant moi, dans le monde de la tradition qui nous occupe dans
cet entretien, n’était allé en Afrique visiter
les membres africains, et lorsque je m'y suis rendu, les Rosicruciens
d’Afrique ont estimé nécessaire que je rencontre
leurs grands dirigeants politiques. Ils le faisaient parce que
pour eux, je personnifiais l’idéal auquel ils se
rattachaient et que leurs dirigeants politiques représentaient
aussi, pour eux, une autre forme d’idéal, celui de
leur patrie, de leur pays.
Le fait que j’aie assumé, dans ce même monde
de la tradition, des responsabilités pendant des années,
faisait aussi que certains Rosicruciens en charge de responsabilités
politiques considéraient le travail traditionnel accompli
sous mon autorité comme parfaitement utile au bien-être
de leur pays, et pensaient m’exprimer leur gratitude en
me conférant une fonction particulière dans leur
pays, et en demandant mon avis éventuel sur des sujets
divers, particulièrement culturels. Et j’ai été
très honoré de leur confiance. Ils n’étaient
nullement tenus de me considérer comme un conseiller. J’ai
fait, en tout cas, mon possible pour être utile. Si j’ai
fait état de ces faits, si j’ai permis que dans certaines
biographies il en soit fait mention, c’est parce que je
suis infiniment reconnaissant à ces pays africains, à
leurs hauts dirigeants et donc aux Africains eux-mêmes dans
leur ensemble, d’avoir bien voulu, en raison de ce que je
représentais, me reconnaître personnellement capable
de recevoir, chez eux, un titre officiel assez important pour
me montrer leur confiance, leur amitié et leur respect.
A une date plus récente, en fait dès 1986, un CIRCES
Afrique avait été établi et il s’est
trouvé qu’en raison des fonctions occupées
par les responsables de ce CIRCES Afrique, ils étaient
en mesure d’aider même financièrement le CIRCES
local. Lorsqu’un CIRCES a été ensuite établi
en France, ce CIRCES Africain a aidé le CIRCES Français.
Ce n’est pas un Etat, un Président, un Ministre,
ou quelque autre personnage, qui a aidé à l’établissement
de ce mouvement. C’est ce même mouvement tel qu’il
existait antérieurement dans ces pays africains qui a apporté
son aide matérielle temporaire, sous forme de prêt
dûment formulé du point de vue des documents officiels,
au mouvement dont le siège était établi en
France.
16. Il existait
donc un CIRCES Afrique avant le CIRCES France ?
Raymond Bernard : Absolument,
et il a été longtemps question que le CIRCES de
France soit simplement une filiale du CIRCES d’Afrique,
en particulier lorsque celui-ci s’est établi au Cameroun.
C’est d’ailleurs pourquoi certaines accusations ont
été portées qui ne sont pas très agréables
ni pour les Camerounais, ou les autres Africains d’ailleurs,
ni pour ceux qui agissent dans le monde et en France en particulier,
dans le cadre de ce mouvement. Tout a été fait dans
le CIRCES d’une manière absolument régulière.
17. Après
votre retrait de la fonction de Légat dans l’AMORC,
êtes-vous parti en Afrique avec un projet particulier ?
Raymond Bernard : Je
n’avais aucun projet. Après mon retrait de la fonction
de Légat, il me fallait une sorte de coupure ou " rupture "
personnelle et j’ai pensé que le mieux était,
pour cela, de partir quelque part. L’occasion s’est
présentée, lors d'une conversation que j’ai
eue avec un ami, d’aller en Afrique. Nous sommes donc partis,
ma femme et moi, habiter au Cameroun, où nous sommes restés
pendant un temps assez long. C’est d’ailleurs au Cameroun,
dans la demeure obligeamment mise à ma disposition, que
j’ai écrit certains documents qui ont été
ensuite utilisés dans le cadre du CIRCES, tel qu’il
a été à l’origine.
18. Quelle
est l’influence des services secrets dans les mouvements
traditionnels ?
Raymond Bernard : Je
dois être à nouveau très net et catégorique
dans ma réponse à ce sujet. Jamais, à aucun
moment, quelque contact que ce soit n’a été
pris avec moi pour que je remplisse une mission de ce genre, ou
que je fasse quoi que ce soit au service d’un organe quelconque
de renseignement et, pour être encore plus précis,
j’affirme clairement qu’à aucun moment il n’y
a eu pression, demande officielle, officieuse, ou autre, qui puisse,
de quelque manière, me faire supposer que l’on s’attendait
à ce que j’accomplisse une mission pour des services
de renseignement ou pour des services officiels de quelque nature
qu’ils soient. Donc, en ce qui me concerne personnellement
et en ce qui concerne les mouvements traditionnels dans lesquels
j’ai assumé des responsabilités, et c’est
le cas de tous mouvements tels que l’Ordre de la Rose-Croix
AMORC, la Franc-Maçonnerie, le CIRCES ou l’OSTI,
il n’y a, j’insiste, JAMAIS eu d’influence des
services secrets, ni d’organes de renseignement ou autre.
JAMAIS. Prétendre le contraire serait pur mensonge, pure
invention, pure calomnie et pure diffamation.
19. Certains
exercices, comme Medifocus, n'avaient-ils pas pour objectif
d’influencer
les personnalités politiques ?
Raymond Bernard : Permettez-moi
de souligner que je ne suis pas du tout, personnellement, à
l’origine de ce qui a été appelé Medifocus.
L’Ordre de la Rose-Croix AMORC avait, à ce moment,
son siège mondial à San José en Californie.
L’idée de Medifocus est née là-bas,
c’est-à-dire au siège mondial de l’AMORC,
à San José, aux Etats-Unis, dans une intention,
certes tout à fait louable, de créer une ambiance
vibratoire telle que l’on pouvait espérer voir s’établir
davantage d’harmonie entre différents pays à
travers leurs dirigeants ou leurs responsables, en leur envoyant
des pensées positives. Au bout de quelques mois, les dirigeants
de l’Ordre se sont rendu compte que Medifocus pouvait être
mal compris ou mal interprété, intentionnellement
ou non, et je me rappelle avoir moi-même émis de
grandes réserves sur Medifocus. Medifocus a donc été
supprimé rapidement et il est pour le moins curieux que
l’on en reparle après tant d’années,
alors qu’il a été supprimé si rapidement.
Une précision pourra être aussi utile. Medifocus,
pendant le temps très court où le travail a été
proposé, n’était pas une pratique secrète.
Il en était fait mention dans toutes les revues rosicruciennes,
y compris celles mises à la disposition du public partout
dans le monde, mais l’idée d’origine était
une idée de compréhension, de réflexion,
de méditation, et non pas d’intervention. Cette pratique
spirituelle, je le répète, a duré très
peu de temps.
20. Etes-vous à l’origine du terme transition pour désigner
la mort ?
Raymond Bernard : Absolument
pas. Ce sont les enseignements de l’AMORC qui, depuis 1915,
utilisaient ce terme. Ce que les enseignements rosicruciens voulaient
par ce mot exprimer, est le fait que la mort - le Rosicrucien
étant fondamentalement croyant - n’est pas une fin
ultime. Et ceci m’amène à souligner un point
important, fondamental. La vie en ce monde, pour quiconque est
croyant et s’intéresse aux recherches spirituelles,
n’est pas soumise à la volonté de l’homme.
Un Rosicrucien ou tout autre spiritualiste authentique, quelles
que soient ses affiliations, ne se suicidera jamais. Fondamentalement
seul un matérialiste, un incroyant, peut commettre un tel
acte, en pensant que la mort est une fin. Il faut cependant remarquer
que, soumis à une immense souffrance physique due à
la maladie ou à une détresse morale intense, quelqu’un
peut, s’il n’est pas secouru, en venir à un
acte d’une telle extrémité. Mais c’est
là un cas exceptionnel qui ne change rien à la règle
ni à la conception fondamentale de l’existence qui
est que nul ne peut, s’il est croyant, mettre un terme à
son existence en ce monde. Cela revient à dire qu’un
authentique spiritualiste, parce que le corps, pour lui, est le
temple de l’âme, s’efforce de maintenir celui-ci
en bonne santé. Je n’ai jamais vu un authentique
" Cherchant " ne pas réfléchir
aux moyens d’être tout à fait en forme et de
vivre aussi longtemps qu’il le peut, de manière à
pouvoir agir, dans les meilleures conditions et participer ainsi
activement au monde. Le terme " transition " des
enseignements rosicruciens en Anglais a été utilisé
dans les monographies traduites en français pour désigner
la mort. Il n’y pas d’autres explications à
donner. Remarquons simplement qu’il y a d’autres mots
qui, parce qu’un jour quelqu’un a commis un acte répréhensible,
ont pris une signification elle-même répréhensible
et particulière ensuite, en réponse à un
événement ayant frappé le public, mais cela
ne signifie pas pour autant que ces mots, dans leur essence et
leur vérité, aient voulu signifier quelque chose
de néfaste ou de négatif. En ce qui concerne le
mot " transition ", il veut indiquer une continuité
et non pas une rupture. Pour le croyant, pour le spiritualiste,
l’homme n’est pas maître de la durée
de son existence. Il ne lui est pas permis d’y mettre fin.
C’est, de mon point de vue, une erreur, et une faute grave
de décider consciemment de sa propre fin. Mourir n’est
pas une décision qui appartient à l’homme,
c’est une circonstance naturelle. L’homme ne peut
intervenir, dans son existence, que pour faire en sorte de prolonger
le plus possible l’existence de son outil qu’est le
corps.
21. Que pensez
vous alors de l’utilisation du terme " transit " ?
Raymond Bernard : Transit
ou transition, il n’y a aucune différence dans la
portée du mot. C’est une simple question de terminologie
et tout ce que je viens de dire s’applique donc à
l’un et l’autre de ces termes.
22. N’étiez-vous
pas, par toutes vos fonctions, devenu un gourou ?
Raymond Bernard : Je
ne pense pas que quelqu’un de réfléchi ait
pu jamais me considérer ainsi, mais je répondrai
ceci : Je n’ai jamais, et dans le cadre d’aucun
mouvement, quel qu’il soit, assumé des fonctions
de gourou. Dans l’Ordre de la Rose-Croix AMORC, les fonctions
sont électives et il en est de même dans la Franc-Maçonnerie.
Il s’est trouvé qu’en France, dans l’Ordre
de la Rose-Croix AMORC, j’ai été réélu
plusieurs fois et j’ai ainsi tenu mes fonctions pendant
un nombre important d’années. Dans des pays proches
de la France, en particulier, des responsables n’ont pas
été réélus aux fonctions qu’ils
occupaient et ainsi les changements ont été beaucoup
plus perceptibles. Pour les membres de l’AMORC, comme pour
les Francs-Maçons ou l’OSTI, ils n’ont certes
pas de gourou. Il n’y a pas chez eux de direction donnée
d’une manière arbitraire, dogmatique ou dictatoriale.
Absolument pas. Celui qui assume une fonction rend périodiquement
des comptes à une assemblée, elle-même élue.
Et c’est ce qui est le cas dans l’organisation interne
de l’AMORC, comme dans les autres grands mouvements traditionnels.
Dans l’AMORC, pour ne citer que ce mouvement, son bureau
suprême était, et il est sans doute toujours, en
dernière analyse, l’expression de la volonté
exprimée par des votes lors de conventions ouvertes à
tous les membres. Si, pour prendre mon propre exemple, j’ai
été élu au Bureau Suprême, j’ai
été confirmé dans ces fonctions lors d'une
convention réunissant tous les membres. Certes, on peut,
en observant diverses organisations traditionnelles, remarquer
que les dirigeants ne changent guère. A cela, je répondrai
en observant, y compris en France, que la plupart des grands partis
politiques ont les mêmes dirigeants depuis des dizaines
d’années. Dès l’instant que les membres
de ces partis sont satisfaits et que, par leurs différentes
assemblées, ils réélisent les mêmes
personnes, c’est certes tant mieux pour la continuité
des activités de ces partis. Pourquoi, dès lors,
s’étonner qu’il puisse en être de même
dans les mouvements traditionnels, comme c’est le cas dans
l’AMORC ou comme c’est le cas dans d’autres
grands mouvements, comme la Franc-Maçonnerie, le CIRCES,
ou encore l’Ordre Souverain du Temple Initiatique, l’OSTI
? Si les membres en viennent à être mécontents
de la manière dont ils sont conduits, ils le manifesteraient
lors des votes et leurs responsables seraient différents.
Mais pourquoi les changer dès l’instant qu’ils
remplissent leur fonction comme il se doit et qu’ils représentent
ceux qui les ont placés dans leur charge par des votes
directs ou indirects, c’est-à-dire par un système
électif à plusieurs niveaux ? Et cela est valable
pour tous les mouvements, qu’il s’agisse de politique,
de culture ou de quelque domaine que ce soit.
Généralement lorsqu’on considère les
activités d’un mouvement traditionnel, que ce soit
la Franc-Maçonnerie, que ce soit l’Ordre de la Rose-Croix
AMORC, que ce soit l’OSTI, on voudrait en faire une particularité.
Il n’y a pas de particularité. La même façon
de procéder est suivie dans tous les mouvements. Elle est
en France fondée sur la loi de 1901. Elle implique une
assemblée générale, un ou des bureaux élus
et des dirigeants eux-mêmes élus, quels que soient
les modes d’élection adoptés.