Quel pourrait être désormais le
rôle de l’association ARB, au terme de ces 2 années
de recherches historiques et d’actions auprès des
médias et institutions ?
Raymond Bernard
: Je dois dire que j’ai été très
touché par la création de cette association. Il
est évident que du fait qu’elle était nominative
et que l’on parlait ouvertement de « RB », Raymond
Bernard, c’était gênant, tout à fait
au début, si je n’allais pas jusqu’au fond
des choses, mais ensuite j’ai pensé que c’était
une idée excellente, parce que si on laisse les choses
négatives aller dans leur sens, sans aucune réaction,
contrairement à ce que l’on pourrait penser et ce
que j’ai moi-même pensé, elles ne s’arrêtent
jamais, elles ne meurent pas d’elles-mêmes. On le
voit dans le privé, mais aussi dans le monde extérieur,
qu’il soit économique ou même politique, la
réaction est toujours la même : s’il n’y
a pas de volonté d’arrêt, de tentative d’équilibrer,
il y a domination, puis emprise de la partie négative.
Il y a plusieurs moyens de s’opposer au négatif :
il y a le silence mais le silence est toujours meublé par
les oppositions, il fallait donc équilibrer ce silence
par une association qui est l’ARB. Dans toute l’histoire
humaine, on l’observe : il faut toujours que les choses
se rééquilibrent à temps, pour empêcher
le pire.
L’association ARB était une idée extrêmement
touchante pour moi, mais que j’ai jugée également
utile par le fait de ce rassemblement, de cette collecte de documents
de toutes sortes, qui étaient épars et qui, certainement,
avec le temps, auraient disparu ou tout au moins auraient été
oubliés.
Je pense que cette association a une « raison d’être
» fondamentale, dans son aspect historique. Le travail qui
est fait actuellement deviendra un travail de référence
dans l’avenir. Peut-être que le nom changera, peut-être
qu’un site internet sera créé qui renfermerait
toute cette histoire particulière se rapportant à
une partie vraiment délimitée de la Tradition. -
(voir
la vidéo)
Le Martinisme est un aspect
important de l’histoire
de la Tradition, même s’il est relativement récent,
à cette échelle. Comment s’est-il articulé
par rapport à l’Amorc ?
Raymond Bernard : Le
Martinisme est une grande question, un grand sujet dans l’histoire
de la Tradition. Il y avait, à l’intérieur
de la tradition rosicrucienne Amorc, une partie martiniste, avec
le reproche qui n’était pas justifié que cette
tradition était factice, du fait qu’il n’y
avait pas d’initiation de « personne à personne
» au départ, ce qui était très injuste
pour le Dr Spencer Lewis, son fils Ralph Lewis et tout le travail
qui était fait.
Ce qui est exact, c’est que le Martinisme comme la Maçonnerie
et comme beaucoup de traditions, devaient être établis
ainsi, peut-être à l’exception de l’Amorc
qui avait une autre envergure spirituelle et mystique, bien qu’il
y ait eu, là aussi, une partie qui nécessitait cette
transmission de « personne à personne ». Si
j’emploie ces mots c’est parce que ce sont les termes
officiels utilisés dans la tradition.
Pour ce qui concerne le Martinisme auquel j’appartenais,
j’avais eu des contacts avec Philippe Encausse, avec Robert
Amadou, et j’avais eu cette transmission qui m’avait
été donnée de « personne à personne
» par Marcel Laperruque, qui était Grand Maître
adjoint de la branche Martiniste dite Ambelain, et c’est
lui qui m’avait transmis « de personne à personne
» les initiations. Des documents attestant que ces initiations
m’ont bien été transmises par lui sont dans
les archives.
Mais tout d’abord, j’avais reçu moi-même
une autre filiation à San José en Californie, «
de personne à personne » par un groupe vraiment bien
constitué, qui était très strict précisément
dans cette tradition de filiations personnelles et qui était
dirigé par J. Duasne Freeman, d’une filiation Papus,
transmise à Genève ou Bruxelles, la même que
celle transmise à Ralph Maxwell Lewis, dont Lagrèze
est également l’un des initiateurs. L’initiation
que j’ai reçue là, était également
valable. J’ai donc rassemblé, à un moment
donné, plusieurs traditions martinistes et cette initiation
a été reconnue par Philippe Encausse, le fils de
Papus et par Robert Amadou. (voir
la vidéo)
N’aviez-vous pas aussi rencontré Robert
Ambelain ?
Raymond Bernard : J’ai
rencontré Robert Ambelain de manière assez curieuse,
cela me revient en mémoire : c’était dans
un café, qui se trouvait vers l’église de
la Madeleine, et qui n’existe plus. Lors des rencontres
avec des personnalités remarquables de la tradition tel
que lui, il devait être tenu compte de mes fonctions dans
l’AMORC et du fait que ces personnalités avaient
pris certaines positions officielles et ne pouvaient se déjuger
soudain en prenant des contacts officiels, mais je dois dire que
nous avons toujours été dans les meilleures relations
possibles.
A cette occasion Robert
Ambelain avait-il confirmé la reconnaissance qu’il
avait sur votre filiation et ce que vous faisiez ?
Raymond Bernard : Absolument,
et tout un travail d’initiations s’est passé
à Villeneuve Saint Georges. J’ai d’abord initié,
transmis à une personne, puis à deux, trois, jusqu’à
ce que nous constituions un groupe cohérent qui était
normalement de sept, pour les officiants, mais en réalité
nous étions quelques-uns de plus, et nous avons ensuite
initié plusieurs mois de suite à raison de une ou
deux nuits par mois.
Nous avons ainsi initié un certain nombre de personnes,
afin de créer ce que l’on appelait des heptades dans
diverses régions. Donc tous ceux qui ont ainsi reçu
ces initiations en heptade, de la manière dont cela a été
appliqué lorsque j’étais là, sont authentiquement
Martinistes, selon la volonté initiale de Papus, le Dr
Gérard Encausse, de Chaboseau, et en fait de tout ceux
qui, au départ, à l’aube des années
1900, avaient décidé de créer le Martinisme.
(voir
la vidéo)
Les rituels que vous avez
adopté étaient-ils
une synthèse de ce que vous aviez reçu à travers
la filiation Laperruque et la filiation de Duasne Freeman ?
Raymond Bernard : Ces
rituels étaient à San José et avaient été
utilisés par le Dr Spencer Lewis, ensuite par Ralph Lewis,
puis par Duasne Freeman. Le Martinisme n’était pas
considéré comme une partie essentielle de la tradition
rosicrucienne, mais ces rituels étaient authentiques, ils
avaient été communiqués par l’imperator
européen Sâr Hiéronymus et venaient vraiment
de la tradition authentique. Le Dr Spencer Lewis et ceux qui l’entouraient
les avaient traduit en anglais.
J’ai reçu de San José, l’autorisation
que je devais avoir pour créer une organisation qui était
à l’intérieur de l’Amorc mais qui risquait
de devenir importante, et j’ai établi à ce
moment-là l’Ordre Martiniste Traditionnel. Ce devait
être après mon séjour à San José
de juillet 1959.
Evidemment ce qui c’est produit, c’est qu’ayant
établi ces heptades, l’intérêt pour
le martinisme est devenu si essentiel qu’il a fallu à
un moment donné que j’établisse la règle
qu’il fallait d’abord être rosicrucien pour
être martiniste. Aux Etats-Unis le Martinisme n’était
ouvert qu’aux membres ayant atteint le 9ème degré
de l’Amorc. J’avais expliqué que ce n’était
pas possible chez nous, où d’autres organisations
martinistes existaient déjà et j’avais même
insisté sur un point qui paraissait secondaire mais cependant
avait son importance , c’est à dire que si nous ne
faisions pas une organisation qui était traditionnelle
dans laquelle il y avait tous les documents et filiations voulues,
beaucoup de membres de l’Amorc seraient partis vers ces
organisations qui étaient à l’époque
plus ou moins bienveillantes vis-à-vis de l’Amorc,
mais qui le sont devenues par la suite, étant donné
les contacts que j’ai décidé de prendre avec
eux.
Je dois dire que les contacts que j’ai pris ont surpris
vraiment ceux avec qui ils étaient pris, ils ne s’attendaient
pas à ce que cela se fasse et c’est ainsi que de
bons rapports ont été établis. J’avais
établi une devise, je ne sais pas si on la garde, car je
suis tellement à l’écart de toutes ces choses
désormais, qui était « la plus large tolérance
dans la plus stricte indépendance » cette règle
que j’avais établie était appliquée
partout et je m’en servais bien aussi pour moi-même,
vis à vis de ces autres mouvements. (voir
la vidéo)
Cette
devise a-t-elle été reprise
dans les autres juridictions , ou était-elle propre à la
France ?
Raymond Bernard : Elle
avait été reprise dans plusieurs pays d’Europe.
(voir
la vidéo)
Le martinisme que vous
avez perpétué continue-t-il comme tel ?
Raymond Bernard : Il
m’a été dit qu’actuellement le Martinisme
tel qu’il se développe dans l’Amorc se situe
par rapport surtout à quelqu’un qui avait cette initiation
authentique venant d’Europe et qui habitait, je crois, dans
les environs de San Francisco, mais on peut dire que c’est
une tradition de plus qui a été rajoutée.
Il faut bien préciser une chose sur laquelle on insistait
beaucoup dans l’Ordre Martiniste Traditionnel, c’est
que avant Gérard Encausse (Papus), avant Chaboseau, il
n’y avait pas de Martinisme, il a été établi
à ce moment-là. Louis Claude de St Martin n’a
jamais créé de Martinisme. (voir
la vidéo)
Quelle
est la différence entre le martinisme
et le rosicrucianisme ?
Raymond Bernard : Disons
que le rosicrucianisme tel que je l’ai connu, tel qu’il
doit continuer d’être certainement, rassemblait une
tradition très vaste, très large, recueillait énormément
de tendances initiatiques et tel qu’il était au moment
de sa fondation, il a hérité finalement de toutes
les traditions de la Fudosi (fédération universelle
des organisations secrètes initiatiques). Tout ceci était
réuni là en essence, à part des traditions
d’autres organisations qui ont tellement voulu être
secrètes que dans la plupart des cas elles ont disparu
ou se poursuivent - mais avec quelle authenticité ? - par
certains petits groupes locaux. (voir
la vidéo)
C’est là aussi je pense que la volonté du
Dr Spencer Lewis et de son fils a été extrêmement
utile parce qu’ils ont établi quelque chose qui est
connu, reconnu par tout le travail qui a été fait,
et qui aura bientôt près de 100 ans. (voir
la vidéo)