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Il est peu de pays au monde où les exigences d'une existence d'abord profane, puis consacrée à une exceptionnelle mission, ne m'aient conduit à diverses époques. Il est peu de villes importantes où ce que l'on nomme trop vite "hasard" ne m'ait dirigé à quelque moment. De tous ces pays et de toutes ces villes, Rome, dans mon souvenir, est un joyau. C'est là qu'en Octobre 1955, dans un imposant palais d'un extraordinaire silence mais dont, comme promis, je tairai le nom, je reçus, à l'automne de mes trente-deux ans, l'adoubement initiatique d'une tradition séculaire. C'est là, dans ce que je fus amené à accomplir dans un autre domaine, que "s'actualisa" le "destin" que manifestent mes responsabilités présentes. C'est là que l'amitié prit pour moi la forme d'un ami dont jamais, depuis, le temps ni la distance ne m'ont séparé, mais qui un jour, inéluctablement, comme Gilbert Bécaud, pleurera "l'absent", à moins que ce ne soit moi. C'est là et c'est Rome et un chemin m'y a mené pour que s'y manifeste mon être dans son intégralité, dans son absolu, dans sa somme complète à tous les niveaux de l'expérience et de la conscience. Pourtant, je me sens incapable de décrire Rome. Quel serait, au demeurant, l'avantage pour mon lecteur de flâner avec moi dans les jardins Borghese, de revoir ailleurs les vestiges de la Rome antique, de visiter hâtivement certains musées, d'admirer quelques églises, de descendre dans d'émouvantes catacombes, de se précipiter à la cité vaticane pour y parcourir la basilique Saint-Pierre et venir enfin, épuisé, chercher un introuvable repos à une terrasse célèbre de la Via Veneto ? A mon ami romain, après avoir longuement visité la Rome du passé, j'ai dit un jour, ridiculement : "Cette ville est un musée!". Il m'a conduit alors vers la Rome moderne qui n'a rien à envier aux capitales étrangères. Aussi ridiculement, j'ai observé : "Cette ville est comme les autres!". Il m'a ramené vers les antiques vestiges. J'ai compris et je me suis tu.

Rome, c'est l'ancien et c'est le moderne mêlés dans un présent qui chante sous des têtes brunes et bouclées dont les yeux donnent vie aux choses et aux êtres qu'ils touchent, c'est le 'eligieux et c'est le profane, la foi et la superstition, la jeauté aux mille facettes, la vérité si elle est agréable, le mensonge véniel qui veut faire plaisir et qui pour cela est si sincère qu'il devient vérité. Rome, c'est une prière et c'est lune chanson, triste ou gaie, aussi vite gaie que triste, et peut-être triste et gaie à la fois. La Ville, au fond, sera pour vous ce que vous êtes vous-mêmes, et c'est vous que vous aimerez à travers elle. Quant à moi, c'est aux fontaines romaines que je prends plaisir à me confier. Certes, je ne manque jamais de sacrifier une pièce de monnaie à la Fontaine de Trévi pour qu'un sort favorable me ramène vite à Rome, mais j'ai là-bas MA fontaine : la Fontaine de la Tortue¼ Pourquoi je la préfère à toutes, comment le saurais-je ? C'est un sentiment et ce sont des souvenirs ....

Naturellement, je parle, ici, de MA fontaine romaine parce qu'elle a un lien avec mon récit. Lorsque j'y réfléchis, il ne pouvait en être autrement. A Rome, si quelque problème m'assaille, mes pas, invariablement, me conduisent vers elle et, étrangement, ils le firent souvent, presque chaque jour, lors du voyage au cours duquel je devais finalement avoir une exceptionnelle expérience...

 

Ma fontaine...

 

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