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| La Fontaine de
la Tortue |
C'est la nuit d'un printemps romain. De la terrasse
de mon appartement du Cavalieri Hilton, admirablement situé
sur le Monte Mario, je contemple, depuis quelques instants, la ville
illuminée ... quand je suis saisi de l'irrésistible
impulsion d'une visite à MA fontaine. Je suis, arrivé
dans la soirée et mon hôtel étant éloigné
du centre, la paresse a été plus puissante que l'attrait
du bain de foule dont j'éprouve toujours le besoin en arrivant
quelque part ... comme pour faire ou refaire connaissance avec mes
hôtes du moment. Mais maintenant, le désir est puissant
et il se concentre tout entier sur MA fontaine, Il est tard, très
tard, mais ne suis-je pas, comme on dit, du soir ? Je serai peut-être
seul là-bas ... avec mon souvenir. Quel privilège !
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Le taxi m'a laissé au coin de la rue et me voici
devant elle ... Oh! je ne suis pas seul ! Quelqu'un m'a précédé,
mais je ne me sens pas gêné par cette présence.
Tout est si calme ici à cette heure tardive. "L'autre",
peut-être, partage mon curieux attrait pour cette fontaine.
Du moins, j'aime à le croire et mon coeur sans aucune jalousie
se fait silencieusement complice de l'étranger. Je m'approche
de la fontaine et de lui. Il semble absent, replié en lui-même
et ses yeux sont clos. Je fais le moins de bruit possible, mais à
peine suis-je près de lui qu'il sursaute et son regard se pose
longuement sur moi. Sur moi ! C'est "sur mes yeux" que je
devrais préciser¼ Comme les hommes, à regarder sans
cesse, oublient de voir ! Par les yeux opère une mystérieuse
alchimie vibratoire dont la puissance est l'apanage de celui qui sait
donner un sens à son regard et beaucoup l'ignorent. Cet homme,
lui, le sait tout comme je crois le savoir moi-même ! Ses yeux
cherchent mon âme, les miens la sienne et tout s'achève
dans la compréhension, presque une communion et dans un sourire.
"Parlez-vous français ?" -
Qu'aurais-je pu dire d'autre ? Il fallait bien que l'un de nous se
décide et pourquoi pas moi ... sur une banalité ? La
réponse est inattendue : "JE SUIS français!"
Je regarde mieux mon interlocuteur... Il est à peu près
de ma taille et vêtu avec une certaine recherche. Son costume
gris est, en effet, coupé à la française et la
cravate bleue est discrète. Le visage est anguleux, incisif
et les yeux bruns qui fixent les miens réfléchissent
une grande bonté et quelque mélancolie...
- "Je suis -français, poursuit-il, mais
souvent à Rome. Mes affaires m'y appellent¼ et autre chose
aussi! Et vous-même ? Est-ce votre premier séjour à
Rome ?"
- "Certes non ! Bien des circonstances m'amènent
à Rome fréquemment ..."
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| Rome |