En me préparant le matin, sans cesse ma pensée
revient à une mosquée - non pas une mosquée précise
de Tunis ou d'ailleurs, mais à une mosquée tout simplement,
de la même manière que j'aurais pu penser à une
église. Sans aucun doute, si l'on recherche quelque chose ou
quelqu'un en relation avec la spiritualité de l'Islam, c'est
bien une mosquée qui se prête le plus à un tel
propos. Il n'y a donc rien de surprenant à ce que l'idée
d'une mosquée me fascine et je ne suis pas davantage étonné,
en arrivant dans le vestibule de l'hôtel, de m'entendre accueillir
par ces mots :
- Nous devons aller à la mosquée ¼..
et je réponds en souriant :
- C'est tout à fait mon avis, mais laquelle ? La mosquée
principale ne pourrait être le lieu d'une recherche comme la
nôtre. Si nous nous dirigions vers la casbah ?
- Nous pouvons voir de ce côté. Après tout, nous
ne cherchons rien de précis¼. Quoique je me demande toujours
si toutes nos voies ne sont pas préparées....
- Elles le sont, mais on ne s'en rend généralement compte
qu'après coup ! ".
Le chauffeur du taxi qui nous conduit à l'entrée
de la casbah est loquace. Tout à coup une idée me vient
et progressivement j'amène la conversation sur le Coran, en
marquant nettement l'intérêt que je porte à cet
ouvrage sacré et à sa conception du Dieu unique. Le
chauffeur parait apprécier mes commentaires et mon compagnon
qui a compris mon intention, appuie avec enthousiasme mes remarques.
Je deviens plus précis :
- N'y a-t-il pas à Tunis quelque sage musulman ?
- Tous les musulmans sont sages, répond le chauffeur en riant.
- Je n'en doute pas, mais ce n'est pas ce que je veux dire. Y a-t-il
à Tunis, maintenant, un ou plusieurs musulmans que d'autres
considèrent comme des saints ?
- Un marabout ? Il y en a un mais il est musulman et il n'est pas
musulman. Il vit comme un saint. Pourtant, on dit qu'il ne suit pas
le Coran comme il faut. On m'a parlé aussi de deux ou trois
autres, mais ..."
Je m'empresse de l'interrompre :
- Ce marabout musulman et pas musulman, savez-vous où il habite
?
- Dans la casbah, justement ! Tout près de la petite mosquée...
- Comment s'appelle-t-il ?
- Oh! dites seulement "le marabout". Il est connu!".
Mon compagnon me frappe trois fois sur la main pour témoigner
une satisfaction que je partage. Ainsi, il suffit de demander, même
et peut-être surtout à un chauffeur de taxi, pour avoir
une réponse. Sera-ce LA réponse ? Nous verrons. Nous
n'attendons rien de particulier. Nous cherchons et c'est déjà
beaucoup.
Nous nous égarons plusieurs fois dans la casbah
et plusieurs fois nous retrouvons notre chemin grâce à
la courtoisie d'un tunisien qui fait chaque fois quelques pas avec
nous.
Ah ! Voici une petite mosquée. Il est temps de nous informer
d'une manière précise : deux jeunes gens discutent à
l'entrée d'une minuscule ruelle :
" - Pardon ! Savez-vous où habite le marabout ?"
Ils se regardent, nous regardent, se regardent encore et je ne comprends
pas cette hésitation. Enfin l'un d'eux répond, en désignant
du doigt une maison fermée d'une porte de bois à double
ventaux :
" - Là !"
Nous remercions, et suivis de leurs yeux surpris, nous
allons FRAPPER au portail. Quel prétexte allons-nous invoquer
? Peu importe ! Nous FRAPPONS à nouveau plus fortement. Aurons-nous
une réponse ? Soudain, nous sursautons presque, sans être
le moins du monde surpris : QUELQU'UN EST DEVANT NOUS... ET L'ON NOUS
A OUVERT.
L'homme est âgé, courbé et maigre dans sa djellabah
blanche. Il nous regarde sans un mot. Comprend-il le français
? Le mieux est que je l'interroge :
"¼Excusez-nous, Monsieur, est-il possible de rencontrer¼ le Marabout
? "