XI - ET L'ON NOUS A OUVERT ! page pr³c³dente 1 2 3 4 page suivante

En me préparant le matin, sans cesse ma pensée revient à une mosquée - non pas une mosquée précise de Tunis ou d'ailleurs, mais à une mosquée tout simplement, de la même manière que j'aurais pu penser à une église. Sans aucun doute, si l'on recherche quelque chose ou quelqu'un en relation avec la spiritualité de l'Islam, c'est bien une mosquée qui se prête le plus à un tel propos. Il n'y a donc rien de surprenant à ce que l'idée d'une mosquée me fascine et je ne suis pas davantage étonné, en arrivant dans le vestibule de l'hôtel, de m'entendre accueillir par ces mots :

- Nous devons aller à la mosquée ¼..
et je réponds en souriant :

- C'est tout à fait mon avis, mais laquelle ? La mosquée principale ne pourrait être le lieu d'une recherche comme la nôtre. Si nous nous dirigions vers la casbah ?

- Nous pouvons voir de ce côté. Après tout, nous ne cherchons rien de précis¼. Quoique je me demande toujours si toutes nos voies ne sont pas préparées....

- Elles le sont, mais on ne s'en rend généralement compte qu'après coup ! ".

Le chauffeur du taxi qui nous conduit à l'entrée de la casbah est loquace. Tout à coup une idée me vient et progressivement j'amène la conversation sur le Coran, en marquant nettement l'intérêt que je porte à cet ouvrage sacré et à sa conception du Dieu unique. Le chauffeur parait apprécier mes commentaires et mon compagnon qui a compris mon intention, appuie avec enthousiasme mes remarques. Je deviens plus précis :

- N'y a-t-il pas à Tunis quelque sage musulman ?

- Tous les musulmans sont sages, répond le chauffeur en riant.

- Je n'en doute pas, mais ce n'est pas ce que je veux dire. Y a-t-il à Tunis, maintenant, un ou plusieurs musulmans que d'autres considèrent comme des saints ?

- Un marabout ? Il y en a un mais il est musulman et il n'est pas musulman. Il vit comme un saint. Pourtant, on dit qu'il ne suit pas le Coran comme il faut. On m'a parlé aussi de deux ou trois autres, mais ..."

Je m'empresse de l'interrompre :

- Ce marabout musulman et pas musulman, savez-vous où il habite ?
- Dans la casbah, justement ! Tout près de la petite mosquée...

- Comment s'appelle-t-il ?

- Oh! dites seulement "le marabout". Il est connu!".

Mon compagnon me frappe trois fois sur la main pour témoigner une satisfaction que je partage. Ainsi, il suffit de demander, même et peut-être surtout à un chauffeur de taxi, pour avoir une réponse. Sera-ce LA réponse ? Nous verrons. Nous n'attendons rien de particulier. Nous cherchons et c'est déjà beaucoup.

Nous nous égarons plusieurs fois dans la casbah et plusieurs fois nous retrouvons notre chemin grâce à la courtoisie d'un tunisien qui fait chaque fois quelques pas avec nous.
Ah ! Voici une petite mosquée. Il est temps de nous informer d'une manière précise : deux jeunes gens discutent à l'entrée d'une minuscule ruelle :

" - Pardon ! Savez-vous où habite le marabout ?"

Ils se regardent, nous regardent, se regardent encore et je ne comprends pas cette hésitation. Enfin l'un d'eux répond, en désignant du doigt une maison fermée d'une porte de bois à double ventaux :

" - Là !"

Nous remercions, et suivis de leurs yeux surpris, nous allons FRAPPER au portail. Quel prétexte allons-nous invoquer ? Peu importe ! Nous FRAPPONS à nouveau plus fortement. Aurons-nous une réponse ? Soudain, nous sursautons presque, sans être le moins du monde surpris : QUELQU'UN EST DEVANT NOUS... ET L'ON NOUS A OUVERT.

L'homme est âgé, courbé et maigre dans sa djellabah blanche. Il nous regarde sans un mot. Comprend-il le français ? Le mieux est que je l'interroge :

"¼Excusez-nous, Monsieur, est-il possible de rencontrer¼ le Marabout ? "

 

 

haut de page

 

XI - ET L'ON NOUS A OUVERT ! page pr³c³dente 1 2 3 4 page suivante


Vous consultez actuellement l'ouvrage: Rendez-vous secret Rome de Raymond BERNARD
Découvrir les Œuvres littéraires de Raymond BERNARD
Contacter le site :HUMANISME & TRANSCENDANCE
Contacter l'association : les "Amis de Raymond BERNARD"